À Paris, le conservatoire Serge Rachmaninov menacé

Éloïse Duval 27/05/2021

Alors qu’il fêtera son centième anniversaire en 2023, une grande incertitude plane sur l’avenir du conservatoire de musique du XVIe arrondissement de Paris. Damien Hasbroucq, membre de la Société Musicale Russe en France, nous explique les menaces qui pèsent sur l’établissement. 

Comment est né ce conservatoire et quelle est l’histoire de son installation avenue de New-York ? 

Le conservatoire Serge Rachmaninov a été créé en 1923 par des musiciens issus de la diaspora russe. Depuis sa création, l’établissement est installé au 26 avenue de New-York, dans une propriété privée du 16e arrondissement de Paris. En 1986, portée par l’incertitude de l’usage que souhaitait en faire le propriétaire, la mairie de Paris a décidé d’acheter le bâtiment afin de permettre au conservatoire de poursuivre son action culturelle de façon pérenne. Depuis 30 ans, le conservatoire et la Société Musicale Russe (SMR) en France poursuivaient donc leurs activités en tant que locataires de la mairie de Paris, avec un principe de bail longue durée, tacitement renouvelé. 

Quelles menaces planent aujourd’hui sur l’avenir de l’établissement ?  

Tout a basculé l’année dernière, lorsque l’équipe à la tête du conservatoire et de la SMR a souhaité passer la main. Le conservatoire a trouvé un successeur en la figure d’Arnaud Frilley, qui est devenu à la fois directeur du conservatoire Serge Rachmaninov, et président de la SMR, et s’est entouré d’une nouvelle équipe pour gérer l’établissement. Cependant, lorsque nous avons repris la gestion du conservatoire, un certain nombre de problèmes ont commencé à émerger. D’une part, nous nous sommes aperçu que le loyer n’avait pas été payé depuis plusieurs années, et que nous arrivions à la tête d’un conservatoire endetté auprès de la mairie de Paris à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros. D’autre part, nous avons découvert que notre situation de locataire était extrêmement précaire, et nous sommes très inquiets quant au renouvellement de notre bail par la mairie de Paris. D’ailleurs, nous avons appris oralement la semaine dernière la possibilité que la mairie vende le bâtiment, ce qui nous inquiète et nous attriste beaucoup, car si les murs de l’établissement sont menacés, le conservatoire risque de disparaître, et l’offre culturelle qu’il propose également... 

Comment le conservatoire entend faire face à ces menaces ? 

Pour l’instant, nous nous heurtons au silence de la mairie de Paris qui, malgré nos sollicitations et nos interrogations, nous laisse dans l’incertitude. Néanmoins, nous tentons de mettre en avant le projet culturel singulier que propose le conservatoire, qui est à la fois un lieu d’enseignement artistique et musical imprégné de la culture russe, mais aussi un lieu de festivité, de concerts et de sociabilité pour toute une communauté, et qui me paraît essentiel dans le paysage culturel parisien. D’ailleurs, nous avons construit un projet structuré, qui nous a permis de voir les inscriptions doubler en une année (de 130 à 200 inscrits), et nous espérons accueillir 600 à 700 élèves dans quelques années. En outre, nous avons lancé une pétition, et nous sollicitons l’aide des mécènes afin d’obtenir les financements nécessaires au règlement de notre dette auprès de la mairie de Paris, mais aussi afin de nous positionner comme acquéreur du lieu dans l’éventualité d’une vente. Cependant, malgré notre volonté de faire exister ce conservatoire et prospérer le projet musical et artistique dont il est porteur depuis bientôt cent ans, nous souffrons de cette incapacité à nous projeter induite par le silence de la mairie de Paris. Il est difficile de convaincre des mécènes de nous aider et des parents d’inscrire leurs enfants au sein de notre conservatoire alors même que nous le savons menacé, et que du jour au lendemain nous pouvons être sommés de quitter les lieux.

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