Conservatoires et handicap

Éloïse Duval 02/06/2021

En mai dernier, l’association Brut Pop faisait paraître son rapport sur l’inclusion du handicap dans le réseau des conservatoires français. David Lemoine, co-fondateur de Brut Pop, nous explique la genèse et les ambitions de ce rapport. 

Comment et dans quel but a été initié ce rapport ?

Nous avons commencé ce travail dans le cadre d’une résidence artistique au sein de la Gaîté lyrique, qui nous a accompagnés tout au long de nos recherches, et qui coproduit ce rapport sur l’inclusion du handicap dans les conservatoires français. Cette démarche est assez singulière car nous sommes des musiciens issus des musiques actuelles et underground et nous évoluons dans un milieu qui est un peu éloigné du monde des conservatoires. Pourtant, on a commencé à se pencher sur le sujet il y a un peu plus d’un an, alors même que le conseil général du département de Seine-Saint-Denis menait des réflexions à ce propos. Nous sommes donc partis d’un constat simple : celui que le financement des conservatoires absorbe parfois jusqu’à 70% du budget culturel des municipalités, pour rayonner sur une part relativement faible des jeunes de la commune. Notre but n’était donc pas de dire qu’il faut augmenter le budget des conservatoires, mais plutôt de voir comment rendre l’enseignement plus inclusif afin d’élargir le spectre des publics touchés par ces établissements. 

Quels problèmes avez-vous constatés au cours des recherches qui ont précédé la publication de votre rapport ? 

Ce dont nous nous sommes aperçu, c’est que le verrou est psychologique, et que l’exclusion d’une certaine partie de la population repose sur une forme d’auto-censure de la part des parents et des élèves. Les établissements d’enseignement artistique sont souvent perçus comme des lieux élitistes, qui se voudraient par essence inaccessibles. De ce fait, beaucoup de parents d’élèves handicapés n’y inscrivent pas leurs enfants. De plus, le manque d’information et de formation au sein des ces structures ne va pas dans le sens d’une inclusion car, malgré de nombreux efforts, la majorité des conservatoires n’adoptent pas une communication suffisamment claire pour dire qu’ils sont ouverts à tout public. Aussi, beaucoup de jeunes se privent de cet enseignement alors qu’il s’agit d’un droit citoyen. 

Par ailleurs, lorsque l’on pense au handicap, on pense d’abord au handicap moteur, et on a tendance à se dire que si le bâtiment est aux normes, il s’adresse à tout le monde. Or ce n’est pas le cas, et le handicap mental est un peu le parent pauvre de tous ces questionnements sur l’inclusion. Donc le but de ce rapport n’est pas de livrer une solution miracle et définitive, qui nous ferait passer du stade d’exclusion à celui d’inclusion, mais de faire tomber un peu ces barrières en montrant que l’inclusion est une question d’expérimentation et de tâtonnement au quotidien, et qu’il est possible de s’adapter aux spécificités de chaque élève. 

Vers quel(s) modèle(s) serait-il possible de se tourner pour tendre vers davantage d’inclusion du handicap dans les conservatoires ? 

L’idée d’une formation spécifique dispensée aux enseignants et aux membres des conservatoires est un peu un fantasme, car il serait illusoire de penser qu’une simple formation nous permettrait de faire face à toutes les formes de handicaps que rencontrent les élèves. Il s’agit plutôt de montrer comment certains établissements s’adaptent au quotidien, à l’échelle nationale et européenne. C’est également le sens de la table ronde qui se tiendra le 3 juin prochain, et au cours de laquelle nous mettrons en avant la façon dont certains conservatoires font évoluer leurs pratiques pour aller vers davantage d’inclusion. C’est le cas par exemple du Conservatoire à Rayonnement Régional de Caen, au sein duquel Laurent Lebouteiller s’est emparé depuis quelques années de ces questions, et qui participe à faire du CRR de Caen un exemple d’inclusion à l’échelle nationale. Aujourd’hui, on estime que les personnes atteintes de handicap représentent entre 10 et 13% de la population française. L’objectif pour les conservatoires serait de compter parmi leurs élèves entre 10 et 13% d’élèves en situation de handicap, ce qui permettrait d’aller dans le sens d’une véritable inclusion. Enfin, il n’est pas question de penser que ces démarches d’inclusion nécessitent un budget particulier : il s’agit seulement de s’adresser à des élèves qui viendraient “en plus”, mais de s’adresser à des élèves qui font déjà partie du corpus mais en sont exclus. 

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