Les régions : une nouvelle puissance culturelle ?

Antoine Pecqueur 04/06/2021

Si l’on regarde les chiffres de l’économie de la culture en France, on ne peut que constater le poids relativement faible des régions dans le financement du secteur. Cette année, leur investissement devrait représenter 760 millions d’euros, derrière les départements et surtout les villes qui restent de loin les premiers financeurs de la culture. Leur rôle serait-il anecdotique ? 

Au fil de ce numéro, on se rend compte que cet échelon peut au contraire se révéler crucial pour différentes institutions. Des orchestres sont en grande partie financés par les régions – même un Opéra, celui de Rouen, a comme principale tutelle la Normandie. Ce qui forcément influe sur leurs missions, d’autant plus dans le contexte des nouvelles régions. Pour certaines structures, sillonner des territoires désormais extrêmement vastes se révèle une gageure. Des phalanges regrettent que leurs missions régionales passent au second plan, en raison des coûts de déplacement. Sans oublier les projets de mutualisation, comme on l’a vu avec la tentative ratée de rapprochement des orchestres de Dijon et Besançon.

Les ensembles indépendants ont eux aussi bien souvent un ancrage dans un territoire régional. Si, dans le passé, celui-ci pouvait n’être que de façade et se résumer à quelques concerts par saison, la situation a nettement évolué. Les ensembles développent des politiques locales de plus en plus ambitieuses, y installent une partie de leurs équipes administratives. Et quid des artistes ? Ces derniers vivent principalement en Île-de-France (41,7 % des intermittents du spectacle habitent dans cette région), mais, là aussi, la donne change. On voit de plus en plus de musiciens partir s’installer en régions, en raison notamment de la pression immobilière dans la capitale. Une tendance encore accentuée par la crise sanitaire. 

À l’avenir, les régions pourraient bien occuper une place nettement plus importante pour le secteur culturel. Car l’enjeu est devenu politique. Des présidents de région, comme Renaud Muselier ou Valérie Pécresse, appellent désormais ouvertement à ce que l’État délègue sa compétence culturelle aux régions. Une proposition qui signifie rien moins que la fin des Drac, les fameuses directions régionales du ministère de la Culture. L’État gérerait la politique culturelle à Paris et les régions auraient leur propre autonomie, hormis sur les grands sites du patrimoine qui seraient pilotés par le ministère de la Culture. Un projet utopique ? Cela dépendra des résultats des élections régionales puis des présidentielles. Notons que les candidats pressentis à droite, Xavier Bertrand ou Valérie Pecresse, sont actuellement des présidents de région. 

Mais faut-il se réjouir de cette éventuelle décentralisation ? Aujourd’hui, la culture est une compétence partagée qui permet aux différentes collectivités de s’y investir, auxquelles s’ajoute l’État. Si certains déplorent la complexité de ce millefeuille technocratique, d’autres saluent le fait de ne pas être dépendants d’un seul financeur, soulignant aussi l’expertise, à défaut des moyens, des services de l’État. Un aspect à ne pas négliger alors que le Rassemblement national pourrait arriver en tête dans différentes régions.

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