La politique culturelle des régions. Valérie Pécresse : « Sortir de l’entre-soi parisien »

Antoine Pecqueur 08/06/2021
Trois présidents de régions, candidats à leur réélection, reviennent sur le rôle de cette collectivité en matière culturelle : Quelles missions ? Quels financements ? Quelle complémentarité avec l’État ?

La présidente de la région Île-de-France (ex-LR) milite pour que l’État délègue ses compétences culturelles aux régions.

Quel rôle joue la culture à l’échelon régional ?

La mission d’une région, c’est la cohésion sociale du territoire. Or justement, la culture, c’est ce qui nous rassemble au-delà de nos origines et de nos différences sociales. Au spectacle, on est tous ensemble dans la même salle. C’est pour cette raison que dès mon arrivée, j’ai fait augmenter de 20 % le budget culture de la région. Face à la pandémie, nous avons maintenu 100 % des subventions aux associations, ce qui leur a permis de faire face aux pertes liées à l’absence de recettes.

Quelle est votre vision de la politique culturelle pour l’Île-de-France ?

Il faut sortir de l’entre-soi parisien. Cela passe par un développement de l’offre en banlieue, mais aussi en milieu rural.

Je crois pour cela à l’itinérance, à faire sortir la création de Paris. Je veux faire de l’Île-de-France la première région européenne de la jeune création. Pour cela, nous avons notamment mis en place « Forte », un fonds permettant chaque année à 50 créateurs de réaliser, grâce à une aide de 25 000  euros par artiste, leur première œuvre. J’envisage aussi de transformer le château de Villarceaux en « Villa Médicis » francilienne.

Mais vous avez supprimé le Festival d’Île-de-France…

La région était menacée d’être envoyée en correctionnelle. Un rapport de la Cour des comptes avait pointé le fait que nous étions en gestion de fait : en effet, nous assurions 80 % du financement du festival, ce qui est interdit. Mais nous avons transféré ces aides à d’autres festivals. J’ai toujours pris l’engagement face aux syndicats que l’argent était remis à d’autres acteurs de la culture. La suppression du festival aura donc permis de faire des économies en frais de structure pour permettre davantage de moyens à la création.

Comment liez-vous la culture aux transports et aux lycées, principaux postes budgétaires des régions ?

J’ai un beau projet pour le prochain mandat : le Pass Navigo Culture. L’idée est d’offrir aux détenteurs du Pass des réductions sur plus de 200 lieux de culture en Île-de-France. Le but est de faire sauter les barrières qui limitent encore l’accès aux arts. En outre, j’ai fait en sorte que chaque lycée de la région ait un projet culturel. C’est ainsi, par exemple, que l’Orchestre national d’Île-de-France a joué dans plusieurs établissements, que des projets sont montés avec le Fonds régional d’art contemporain. Chaque lycée dispose désormais d’un budget de 9 000  euros dédié à l’innovation pédagogique.

Comment voyez-vous la complémentarité entre la région et l’État dans le domaine culturel ?

L’État concentre aujourd’hui ses actions à Paris. Il dépense 335  euros par an et par habitant à Paris et moins d’1  euro en Essonne. J’appelle donc à ce que l’aide à la création soit décentralisée. Il faut un transfert plein et entier des compétences des Drac aux régions, hormis sur le patrimoine, qui reste une compétence de l’État. La culture est un pilier pour rendre une région plus attractive. Les habitants des banlieues ont un sentiment de relégation encore plus fort qu’en province : n’oublions pas que les Gilets jaunes ont commencé en Île-de-France.

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