Le pass sanitaire fait débat dans les salles de concert

Mathilde Blayo 09/06/2021

A compter de ce mercredi 9 juin, le pass sanitaire devient obligatoire dans les lieux en intérieur et extérieur accueillant plus de 1 000 personnes. Face à ce défi logistique, des salles de concert préfèrent limiter leurs jauges.

Pour assister à un concert aux côtés de plus d’un millier de spectateurs, il faudra désormais présenter la preuve d’une vaccination complète, d’un test négatif datant de moins de 48h, ou attestant du rétablissement du Covid datant au moins de 15 jours et de moins de 6 mois. La mise en place de ce Pass concerne plusieurs lieux de spectacle et festivals, d’autant plus avec l’augmentation de la jauge autorisée, passant de 35% à 65% aujourd’hui.

Accroitre le personnel

L’Opéra de Paris a annoncé que le pass sanitaire serait obligatoire pour assister aux spectacles à partir du 15 juin, le temps d’organiser sa mise en place. D’ici là, les jauges seront limitées à 1 000 places. A la Philharmonie de Paris, l’application du pass sanitaire débutera le 18 juin. « Un temps nécessaire pour s’organiser, rapporte Laurent Bayle, directeur de l’institution. Il faudra accroître le nombre de personnel pour contrôler à la fois les billets, le pass, l’identité, les sacs... »

Ces enjeux pratiques mobilisent aussi les équipes du festival des Chorégies d’Orange, qui aura lieu du 18 juin au 31 juillet. « Nous ne savons pas encore comment nous pourrons lire ce pass sanitaire s’il est présenté par QR code. Notre fournisseur de billet et douchettes (appareil servant à scanner les QR codes) vient de nous dire qu’il n’avait pas d’outils pour lire le code de ce pass sanitaire », nous dit Jean-Louis Grinda, directeur des Chorégies. Le besoin en personnel supplémentaire qu’implique la vérification du pass et de l’identité des spectateurs, en plus du contrôle de sécurité et des billets, « représente un réel coût financier pour le festival et un défi organisationnel qui ne correspond pas aux défis habituels d’un directeur... » indique Jean-Louis Grinda. Le festival pourra accueillir 3 500 spectateurs, en maintenant une place sur deux.

Désaffection du public ?

Ces défis organisationnels poussent l’Auditorium de Lyon à maintenir une jauge à 1 000 spectateurs, au lieu des 1 300 qu’il pourrait maintenant accueillir. « Nous avons encore besoin d’analyser notre capacité à faire, par rapport aux files d’attente que ce dispositif créera forcément, au besoin supplémentaire en personnel... » confie Aline Sam-Giao, directrice générale de l’Auditorium-Orchestre national de Lyon. Elle craint aussi que le pass sanitaire ne « refroidisse les spectateurs, qui pourraient renoncer à acheter des places. Nous préférons nous assurer 1 000 spectateurs pour le moment. » Les grandes salles ou festivals comme Les Chorégies ne peuvent pas se permettre de réduire la jauge à 1 000 quand ils pourraient accueillir 2 000 à 3 500 spectateurs. Pour autant, Jean-Louis Grinda partage la crainte d’Aline Sam-Giao: « ce n’est pas comme si le pass était installé depuis plusieurs mois. Il vient d’être mis en place et il y aura forcément des personnes qui renonceront à cause de ce pass. » Laurent Bayle estime qu’en septembre « le public et les citoyens y seront alors plus habitués. Le doute que j’ai porte sur la période qui s’ouvre, avant les vacances d’été, alors que tout le monde n’est pas vacciné, que ceux qui ont été vacciné il y a des mois n’ont pas forcément de QR code... ». Ce code peut être récupéré sur la plate forme Ameli. Dans le cas de spectateurs qui refuseraient de se soumettre au pass sanitaire, Laurent Bayle estime que « chacun devra assumer son choix. Ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner ont l’alternative du test PCR. Il y a une alternative, chacun décidera de s’y soumettre ou pas. »

« Excès de précaution »

Aline Sam-Giao, en tant que vice-présidente des Forces Musicales, s’interroge aussi sur le bien fondé d’un tel dispositif pour les salles de spectacles avec un public assis. « Nous estimons que le port du masque et la distanciation sont des gages suffisants et qu’il n’y a pas forcément besoin de contrôle supplémentaire. Nous demandons que le seuil de 1000 personnes soit relevé là où le public est assis et masqué, indique-t-elle. L’application de ce pass sera limitée dans le temps, les raisons et garanties autour de ce mécanisme sont fortes mais je crois que c’est un peu disproportionné, y compris par rapport aux débats que cela porte. » Si Jean-Louis Grinda estime qu’il « ne peut pas juger de la nécessité de cette mesure », le festival des Chorégies se déroule en plein air, et le public y sera masqué et distancié. « C’est peut être un excès de précaution de réclamer le pass sanitaire, mais qui peut accuser le gouvernement de trop de prudence face à la crise qu’on traverse depuis un an ? » considère le directeur. Pour Laurent Bayle, même si la Philharmonie dispose d’un système de renouvellement de l’air optimal, « la mise en place du pass sanitaire se justifie. Il ne faut pas faire un deux poids deux mesures selon les établissements, leur modernité ou leur équipement. Je trouve normal que la Philharmonie se soumette aux même règles que tout le monde. Le pass sanitaire est un mal avec lequel il faut apprendre à vivre temporairement. »

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