« Je souhaite que chaque musicien se sente indispensable »

Éloïse Duval 10/06/2021

C’est en pleine crise sanitaire que le chef et violoniste Nikolaj Szeps-Znaider a pris la direction de l’Orchestre national de Lyon. Il nous explique ses projets. 

Pourquoi avoir pris la tête de l’Orchestre National de Lyon ?

Je crois que j’étais arrivé à un point de ma vie où je souhaitais faire de la musique, mais en m’investissant sur un projet dans le temps long. J’aspirais vraiment à faire partie d’une équipe avec laquelle je pourrai mener à bien un projet musical, où il ne s’agissait pas de faire un beau concert en quatre jours mais de travailler pour mener à bien toute une saison musicale avec l’orchestre.

Quelles sont vos attentes ?

Mon plus grand rêve serait que chaque membre de l’orchestre se sente indispensable. Cela peut paraître naturel, mais dans la conception moderne d’un orchestre symphonique, le nombre de musiciens peut nous conduire à penser que nous ne comptons pas individuellement, or ce n’est pas vrai. Je souhaiterais transmettre cela aux musiciens : que chacun d’entre eux se sente essentiel et indispensable à la réalisation d’un beau concert.

En tant que violoniste, pendant plus de 7 ans, je me suis fondu à chaque concert au sein de l’orchestre, à la place des musiciens. Je rejoignais le pupitre de premier ou de second violon et je jouais avec eux. J’ai énormément appris en faisant cela. C’est ainsi que j’ai compris que l’écoute est la clef de toute chose, et que si les musiciens s’écoutent attentivement les uns les autres, qu’ils se regardent et respirent ensemble, alors ils seront mus par un même mouvement, ils seront véritablement ensemble et le concert sera beau.

D’ailleurs, ma relation avec l’orchestre a évolué depuis que je suis chef titulaire, notamment parce que nous sommes amenés à nous voir plus souvent. J’ai le sentiment qu’une forme de confiance s’est installée, car à mesure que nous répétons et que nous jouons, nous partageons des expériences communes, et ce passé commun nous permet d’aller plus loin musicalement, au gré des liens de confiance et d’amitié qui se tissent au fil du temps.

Quelle place donnez-vous aux compositrices au sein de votre programmation musicale ?

Il faut être fou pour penser que les femmes ne sont pas capables de composer de la musique au même titre que les hommes. Le problème est que ces 300 dernières années les compositrices étaient occultées. Aussi, il ne s’agit pas aujourd’hui de programmer les œuvres des compositrices parce qu’elles ont été écrites par des femmes, mais bien plutôt de faire connaître le travail des auteures passées, et de programmer les compositrices contemporaines afin que ces dernières puissent mener à bien leur travail. Car l’autre aspect de l’invisibilisation du travail musical des femmes, c’est que leurs œuvres n’ont pas été jouées pendant des années, or il faut être joué et il faut qu’une œuvre puisse rencontrer son audience afin que l’auteur puisse poursuivre son travail de création. C’est le sens de notre programmation aujourd’hui, qui accorde une large place aux compositrices : que les femmes qui composent aient les mêmes chances de développer leur art pour progresser, rencontrer le public et poursuivre leur travail de création. En ce sens, la compositrice Olga Neuwirth sera en résidence avec nous en tant que compositrice associée de la saison 2021-2022, et je suis impatient de voir ce que lui inspirera la formation, parce que j’aime beaucoup son travail d’écriture, et notamment sa capacité à créer quelque chose de singulier en mêlant les influences géographiques et musicales dont ses compositions sont imprégnées. Prochain concert vendredi 11 et samedi 12 juin. Au programme, des extraits du Songe d’une nuit d’été de Felix Mendelssohn et la Symphonie n° 4, en mi mineur, op. 98 de Johannes Brahms. 

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