Érotisme et nudité : zoom sur deux festivals

Flore Caron 01/07/2021

En réaction aux plaisanteries sur le nom de son village, un habitant de la commune bourguignone de Bèze a monté il y a trois ans un festival d’art érotique. Plus au sud, est inauguré cette année un festival d’arts de rue naturiste sur l’île du Levant. 

Dans l’est de la Côte-d’Or, il est un endroit dont le nom prête à sourire : il s’agit de la petite commune de Bèze. Située à une trentaine de kilomètres de Dijon, elle fait d’ailleurs partie du Groupement des communes de France aux noms burlesques, pittoresques et chantants. C’est dans ce petit village bourguignon, traversé par la Bèze, rivière éponyme, que Jean-Marc Tournois, peintre et sculpteur, réside. « Ce nom est toujours une source de rigolade avec les gens », s’amuse-t-il. Alors, plutôt que de se vexer face à cette poilade générale, l’artiste a cherché à en jouer. L’idée a d’abord été de créer une bière aphrodisiaque – son atelier étant situé dans un ancien séchoir à houblon – puis il a décidé, avec son amie et photographe Roxane Gauthier de monter un festival d’art érotique. Eros in love, du nom du dieu de l’amour, a ainsi vu le jour en 2018.

"Il n’y a pas de vulgarité"

« On a cherché des artistes anciens et contemporains qui avaient œuvré pour l’érotisme d’une façon artistique. C’est resté sur ce terrain-là, il n’y a pas du tout de vulgarité, ça reste très propre et sobre. Ce n’est pas graveleux », explique Jean-Marc Tournois. Depuis, il réunit chaque année musiciens, plasticiens et comédiens, excepté en 2020 en raison du Covid. « Comme ça a très bien fonctionné dès le départ, on trouvait que c’était sympathique de recommencer », raconte-t-il. Les deux dernières éditions avaient attiré 600 visiteurs et rassemblé une vingtaine d’artistes. Cette année, une dizaine d’artistes seront de la partie, l’effectif ayant été réduit au vu du contexte sanitaire.

Parmi eux, le trio de chanteuses Les Copines qui proposent « leur répertoire de chants “craditionnels” affranchis du couple hétérosexuel pour actualiser la chanson paillarde ». Des fables coquines de Jean de La Fontaine devraient également être lues à l’occasion des 400 ans de la naissance du poète. La troisième édition d’Eros in Love devrait avoir lieu le 28 août prochain, mais à l’heure actuelle la date n’a pas encore été tout à fait arrêtée. « On est un peu dans l’incertitude, indique Jean-Marc Tournois. Mais on y croit ! »

"Amour pour la nature"

Plus au sud, un autre festival atypique mais d’une tout autre nature, verra le jour cet été. Il porte le nom de Chiche et aura lieu du 1er au 4 juillet sur l’île du Levant (83), paradis des naturistes. Jongleurs, comédiens, musiciens et autres artistes de rue viendront animer la vie de l’île et certains dans le plus simple appareil. « Ça fait des années que je fréquente assidûment les festivals d’art de rue et que j’avais envie de monter mon propre festival », raconte Jules Guillemet, créateur de Chiche. « Il y a deux choses qui m’ont poussé à organiser cet événement : d’un côté mon amour pour l’art de rue et d’un autre mon amour pour la nature. J’aime quand le spectacle sort de la salle et même quand il sort de la rue pour aller dans les jardins, les calanques, sur la plage, dans des espaces naturels… »

Si la nudité n’est pas obligatoire sur toute l’île, elle est de rigueur à certains endroits. « Quand il y a un phénomène de groupe autour de la nudité, c’est beaucoup plus facile de se mettre nu. On n’est pas tout seul nu à côté de gens qui sont habillés. Ça rassure beaucoup. C’est pour ça qu’il y a des zones où on demande aux gens d’être nus. Ça évite qu’il y ait des phénomènes de marginalisation », explique Jules Guillemet. Les artistes, en fonction du lieu où ils se produisent, ne seront pas tenus de jouer dévêtus. « C’est quelque chose que l’on propose aux artistes et qu’ils sont libres d’explorer ou pas », précise le créateur du festival.

"Se rapprocher de l’essentiel"

Et certains ont décidé de sauter le pas. C’est le cas des musiciens du duo de reggae CocoPilots qui donneront un concert sur la plage des Grottes. « Quand on regarde notre planning de l’été, c’est vraiment le concert qu’on attend le plus parce que c’est une expérience nouvelle. C’est un défi pour nous. Il y a un mélange d’appréhension, d’excitation, de découverte et d’envie de se bouger, de faire quelque chose de nouveau », s’enthousiasme Shamo, trompettiste du duo. Pour le concert sur la plage, le duo s’en tiendra à des morceaux acoustiques. « On ne va pas utiliser nos équipements électroniques. Il y aura juste nous, la trompette et la voix, annonce Sari, chanteuse et guitariste des CocoPilots. Ça rentre dans le thème du naturisme : se rapprocher de l’essentiel. » En vue de cette représentation quelque peu originale, les deux musiciens n’ont pas prévu de répéter nus, en revanche quelques séances d’exercice physique ont été ajoutées au programme. « On n’a pas bougé beaucoup pendant le confinement, alors comme on sait qu’on va jouer tout nu devant des gens, on fait de l’exercice », s’amuse Sari.

"Hors du monde"

C’est après avoir vécu un mois sur l’île du Levant pendant le deuxième confinement que Jules Guillemet a choisi cet endroit. « J’ai été complètement séduit par la vie un peu sauvage, hors du monde ». Sur l’île, pas d’éclairage public, pas de voiture, pas de distributeur, des commerces ouverts à temps partiel… L’occasion d’un retour à un mode de vie simple et respectueux de l’environnement prôné par la philosophie naturiste. En effet, le naturisme – que l’on confond à tort avec la sexualité – n’est pas synonyme d’érotisme. La nudité ne tend en rien à susciter le désir mais à « favoriser le respect de soi-même, des autres et de l’environnement », selon la Fédération française de naturisme.

« En étant nu, on se retrouve tous sur un pied d’égalité. On enlève les couches de superficialité, ce qui permet un retour à l’humain dans toute sa vulnérabilité, sa sincérité », considère Stéphanie, qui sera tantôt bénévole tantôt coiffeuse – son activité professionnelle – sur le festival. Spécialiste de la coiffure végétale, elle ornera les cheveux des festivaliers avec des fleurs cueillies sur l’île. « C’est un moyen de se mettre en valeur sans vêtement », relève cette accordéoniste amatrice.

Le festival, qui rythmera la vie de l’île quatre jours durant, est aussi l’occasion pour Jules Guillemet de marquer un « retour à la vie » après la période de crise. « La programmation est très philosophique. On n’a voulu prendre aucun spectacle polémique, violent… On est vraiment sur de la pure poésie de A à Z », explique-t-il.

Au total, Chiche recevra 70 artistes et une quinzaine de bénévoles extérieurs. Et pour accueillir tout ce petit monde, le festival pourra compter sur la mobilisation de l’île tout entière. « Il y a des habitants qui proposent de prêter une chambre, d’autres un bout de terrain pour mettre une tente…, se réjouit le créateur de l’événement. Tout le monde est partie prenante. Ce qui fait que ce n’est pas notre festival mais le festival des Levantins. »

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