Des orchestres amateurs inclusifs

Mathilde Blayo 01/07/2021

Ces formations symphoniques revendiquent la défense des droits LGBT. Entretien croisé avec Vladimir Spach, président du Rainbow Symphony Orchestra, et Gilles1, président des Concerts Gais. 

Comment sont nées vos associations ?

Vladimir Spach : Le Rainbow Symphony Orchestra a été créé en 1996. Passionnés par la musique classique, les fondateurs ont senti le besoin de créer cet orchestre notamment parce que l’un d’eux avait subi des remarques homophobes dans les phalanges amateurs où il avait pu jouer. Il était nécessaire pour eux de créer un orchestre inclusif, ouvert, où tout le monde pouvait venir jouer sans être jugé.

C’est un orchestre militant sur les causes LGBTQI +, souhaitant montrer que cette communauté est présente dans le monde de la musique classique qui, dans les années 1990, était perçu comme très conservateur.

Gilles : Notre association est née en 2009. Les Concerts Gais ont pour but de contribuer à la visibilité de l’homosexualité par des concerts, de permettre à des musiciens amateurs de poursuivre la pratique de leur instrument dans un environnement tolérant. 

Il y a des membres qui ne sont pas forcément à l’aise avec leur homosexualité dans leur vie professionnelle ou privée, et qui peuvent parler de tout cela au sein de l’orchestre.

Comment fonctionnent vos orchestres ?

Gilles : Nous faisons environ quatre concerts par an, sur deux programmes différents, ainsi qu’un concert de musique de chambre. Les chefs sont des professionnels bénévoles. Nous sommes une soixantaine de musiciens en moyenne, tous des amateurs de niveaux différents ; c’est assez beau de voir comment les plus aguerris tirent les plus fragiles vers le haut. Aujourd’hui, nous recherchons surtout des cornistes ! Évidemment, l’orchestre est ouvert à tous et pas seulement aux personnes homosexuelles.

Vladimir Spach : Notre chef et directeur artistique, John Dawkings, est salarié. Notre ambition musicale est de mettre en valeur le patrimoine français à partir du 19e siècle. Il n’y a pas d’audition pour intégrer l’orchestre. Il y a dans nos rangs des amateurs de très bon niveau et aussi des professeurs de musique, heureux de nous rejoindre bénévolement. Tout le monde peut nous rejoindre tant qu’il y a adhésion à nos valeurs de tolérance et d’humanisme.

En tant que président, avez-vous déjà été confronté à de l’homophobie dans le secteur ?

Vladimir Spach : Dans le passé, on nous avait expliqué qu’il était compliqué pour l’orchestre de proposer un programme dans une église catholique. Mais depuis quatre ans je n’ai pas été confronté à ce problème, nous jouons dans les temples comme dans les églises.

Il y a également des femmes pour lesquelles notre orchestre est aussi un lieu où elles peuvent jouer sans subir de remarques sexistes, de commentaires déplacés… Nous tenons à proposer cet endroit sûr, où tout le monde peut venir jouer de la musique de qualité dans la bienveillance et le respect.

1. L’intéressé ne souhaite pas que son nom soit dévoilé.

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