Anne Berquist : « Il faut savoir prendre des risques. »

Mathilde Blayo 01/07/2021

La Française est la nouvelle directrice générale de l’Orchestre philharmonique de Las Vegas. Elle nous raconte son parcours de Douai à la côte ouest américaine.

Quel a été votre parcours en France ?

Je suis née dans le nord de la France, à Douai. J’ai commencé le violoncelle à l’âge de cinq ans. Je suis allée assez vite à Paris, où j’ai fait le conservatoire. J’ai fait beaucoup de musique de chambre, j’ai joué en orchestre et donné des cours en conservatoire. J’ai ensuite eu la chance d’avoir une bourse pour faire un master de violoncelle dans le Missouri. Je suis ensuite rentrée en France, où j’ai été professeure de violoncelle à Saint-Malo et j’ai fait une licence de concert à l’Ecole normale Cortot. A la fin de l’ENM, je me suis posé la question de ce que je voulais vraiment faire. En allant aux Etats-Unis j’avais vu que les musiciens pouvaient avoir plusieurs métiers dans leur vie. J’avais aussi pu constater les problèmes de communication entre les musiciens et les équipes administratives. Or j’aime vraiment créer des synergies, être en retrait et créer des liens. J’ai donc décidé de faire un DESS à la Sorbonne en administration de la musique. J’ai ensuite travaille dans l’administration de plusieurs structures en France, notamment au théâtre du Châtelet, ou au conservatoire d’Amiens. J’ai alors reçu un mail d’un festival de musique de chambre américain qui recherchait un directeur général et artistique.

Quel a été votre parcours aux Etats-Unis ?

Je suis arrivée en 2001 aux Etats-Unis. Ce n’était pas forcément facile à l’époque de faire ce choix. J’étais mariée, avec trois jeunes enfants. On m’avait dit que ne pourrai pas avancer dans ma carrière en étant femme et mère. J’ai énormément travaillé. A la tête de ce festival de musique de chambre de Kalamazoo, dans le Michigan, j’ai reçu deux prix nationaux pour la programmation. J’ai toujours été menée par des objectifs de médiation envers les publics défavorisés, envers les jeunes enfants. Nous avons beaucoup de chance en France d’avoir un accès à la musique pour tous. Aux Etats-Unis, l’apprentissage de la musique, les carrières culturelles, sont réservées à l’élite. Je suis ensuite devenue directrice du conseil artistique de la ville de Kalamazoo. Avec la crise de 2008 et la perte des subventions, j’ai quitté mon poste et suis devenue présidente d’une école d’art vivant, avant de prendre la direction générale d’un orchestre de chambre en Floride. J’ai ensuite été directrice de l’Opéra Grand Rapid dans le Michigan, une expérience enrichissante mais épuisante. Suite a cette expérience j’ai quitté le secteur pour travailler dans une entreprise de relations publiques. Mes clients pouvaient être McDonalds, des hôpitaux… L’entreprise a fermé avec le Covid. J’en ai profité pour revenir à ce que j’adore faire, au milieu de la musique classique et j’ai été prise à Las Vegas.

Quelles différences constatez-vous dans la gestion des structures culturelle entre la France et les Etats-Unis ?

Je me souviens qu’au théâtre du Châtelet, on ne cherchait pas les subventions comme je le fais ici. Les relations publiques, le marketing, a une place très importante dans les structures américaines. Il faut continuellement rechercher des ressources puisque les subventions publiques sont faibles.
Je pense aussi qu’en France, je n’aurais pas pu avoir un poste à la fois artistique et administratif.
Aux Etats-Unis, je crois qu’il est aussi plus courant de donner sa chance à des artistes qui n’ont peut-être pas une grande qualité musicale, mais qui a un projet qui tient la route. D’un autre côté, je jalouse un peu la qualité artistique de ce que l’on trouve en France en terme de qualité…
Sur la place des femmes à la tête des grandes structures culturelles, je ne crois pas qu’il y ait une grande différence entre les deux pays. Ce n’est pas toujours facile, on est toujours considérées comme le sexe faible. Il faut garder ses objectifs en tête et savoir prendre des risques, ouvrir des portes.

Pensez-vous que le secteur culturel peut connaitre des changement sous la présidence de Joe Biden ?

J’espère ! J’espère que les subventions vont revenir. On touche vraiment très peu d’argent du gouvernement. Il y a déjà quelques changements avec des déductions fiscales de dons des particuliers ou des fondations. Avec le Covid, il y a eu plusieurs actions pour favoriser la philanthropie. On est aujourd’hui très heureux que la vie artistique reprenne, même s’il reste quelques craintes. Nous pouvons vendre tous les tickets pour notre salle de 2 000 places, mais on ne sait pas encore quel sera le protocole sanitaire à respecter. Beaucoup de choses ont aussi été faites au niveau des états fédéraux qui proposent des bourses pour certains et les fondations familiales se tournent de plus en plus vers les arts.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous