À Aix-en-Provence, l’écologie au cœur des débats

Les rencontres Accord majeur posent cette année la question du rôle de la musique face aux enjeux écologiques et sociaux.

Cette année, les rencontres Accord majeur, qui ont lieu le 7 juillet 2021 à Aix-en-Provence en marge du festival d’art lyrique, se concentrent sur les thèmes de l’écologie et du social avec pour thématique « (Re)composer le vivant ». Quel rôle les institutions, ensembles, musiciens peuvent et doivent jouer face à ces questions ? Quelles sont les solutions ? Pour en débattre, artistes, directeurs de structures, chercheur écologue, etc. A la mi-journée, nous sommes allées prendre le point de vue de plusieurs participants à ces rencontres.

« Parler à tous les citoyens »

A la sortie de la crise sanitaire, les responsabilités sociales et écologiques des structures culturelles se posent de manière encore plus cruciale. Pour Alain Surrans, directeur d’Angers Nantes Opéra, « l’offre artistique doit trouver des moyens de parler à tous les citoyens et nous sommes plus que jamais mobilisés sur ce sujet. Par exemple, nous avons arrêté les formules d’abonnement, qui se limitent toujours au même public, pour au contraire développer les places à l’unité. » D’autant plus qu’à l’heure de la reprise, la fréquentation des salles de spectacle et des festivals se révèle encore bien timide. D’un point de vue environnemental, les pratiques de tournées doivent-elles aussi être repensées ? « Nous faisons des concerts à travers toute la France avec des empreintes carbone beaucoup trop élevées mais nous n’avons pas les mains libres pour faire ce genre de choix. C’est ceux qui payent, les tourneurs, les programmateurs, etc. qui devraient s’assurer qu’on ne joue pas dans des lieux trop éloignés les uns des autres mais que les tournées se construisent de manière plus intelligentes géographiquement », nous dit le directeur d’un ensemble spécialisé. « Ce qui est intéressant chaque année, c’est la participation des chercheurs, des savants. Je suis venu plutôt à reculons en me disant que c’était un thème assez convenu et consensuel mais j’ai été finalement assez surpris.»

 

L’exception culturelle ?

Mais transition et spectacle vivant sont-ils toujours compatibles ? En marge des débats, certains appellent à la prudence concernant les freins à la mobilité. Se produire uniquement à l’échelle locale risquerait « d’appauvrir le lien entre les peuples », soulève Sébastien Rivas, co-directeur avec Anouck Avisse du Grame, centre de création à Lyon qui s’interroge sur une éventuelle « exception culturelle » en matière écologique. « S’il faut bien sûr valoriser le local, la démocratisation de la culture nécessite la circulation ». Un thème qui, selon lui, a manqué dans les débats de la matinée. « La mobilité est capitale pour le spectacle vivant. La culture doit circuler. C’est une évidence », assure elle aussi Claire Guillemain, directrice du CMB santé et ex-conseillère spectacle vivant de Françoise Nyssen. La crise a également permis de se rendre compte de l’importance du présentiel. «  La reconnaissance du public et des pairs est un facteur de protection. Cela permet de se sentir bien, en bonne santé, dans le travail. » Si le numérique a permis de faciliter l’organisation de rencontres et réunions, le présentiel se révèle, lui, indispensable pour le geste artistique.

 

Des échanges « très polissés »

Choisir comme thème « (Re)composer avec le vivant », c’est aussi placer l’écologie au cœur des rencontres. Une symbole fort pour Solweig Barbier, co-fondatrice d’Arviva (Arts vivants, arts durables). « Nous étions très étonnés positivement que la journée soit dédiée à cette thématique », nous dit-elle.  Je pense que cela n’aurait pas été possible il y a quelques années. La question passe du côté militant au côté institutionnel ». Elle regrette toutefois une certaine inertie. « Les échanges étaient très polissés et l’absence de parité nous a interpellés. Il y avait dans les débats une prédominance d’hommes blancs. Il y a des idées mais on n’est pas dans l’action. L’écologie entre dans l’institution mais quand il s’agit de faire avancer les choses, on se rend compte que, finalement, on ne sort pas du militantisme ». Pour elle, des structures comme Audiens, partenaire des rencontres Accord majeur, ne peuvent pas se contenter de « participer » à la transition écologique mais doivent être moteurs, impulser des actions.Et en termes d’action toute simple, pourquoi ne pas commencer déjà par ne pas mettre des bouteilles en plastique sur la table des débats d’Accord majeur ?

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