Se former aux métiers du son

28/02/2011
Les formations aux métiers du son entraînent quasiment toutes vers les professions de l’audiovisuel. La composition n’est pas pour autant négligée. Quelques trajectoires.
La Formation supérieure aux métiers du son (FSMS) du Conservatoire de Paris a été créée en 1989 par Michel Philippot et Christian Hugonnet, afin d’offrir une filière supérieure "son", équivalente de celle des Tonmeister allemands. Une formation maintenant reconnue par la profession, produisant des "forts en thème", parfaitement préparés sur le plan musical, mais dont le métier s’acquiert toujours sur le tas.

Au Conservatoire de Paris

« Dès le concours d’entrée à la FSMS, je savais que je voulais travailler dans le cinéma sans connaître ce métier, reconnaît Loïc Prian, diplômé en 2000 ; j’ai transcrit naturellement à l’image la sensibilité utile dans tout travail artistique. » Après avoir enchaîné, quatre ans durant, les stages dans les radios puis dans les auditoriums de cinéma, les suivis de tournages en qualité de perchman, afin d’obtenir le statut d’intermittent, il réalise parallèlement du montage son en bénévole pour des courts métrages. Aujourd’hui, il fait partie d’une association d’ingénieurs du son spécialisés dans le tournage et la location de matériel.
En plus de la FSMS, Sylvain Morizet a suivi au Conservatoire de Paris des classes d’écriture et d’harmonie qui lui ont permis de rejoindre la poignée d’orchestrateurs français intervenant sur les longs métrages. Il est engagé par le compositeur Armand Amar, puis par Jean-Pascal Beintus, l’orchestrateur d’Alexandre Desplat, pour le seconder dans l’urgence : « La formation que j’ai reçue est un atout précieux en terme d’efficacité. La liberté créatrice de l’orchestrateur varie selon le degré de précision du compositeur. » Sa liberté, Sylvain Morizet la recouvre en composant lui-même pour le cinéma. Il compte entrer, comme superviseur musical, dans une société, fournissant, clés en main, des musiques de film.

Un métier méconnu : ingénieur système

La sonorisation pour les musiques actuelles constituait l’objectif initial de Pierre Favrez. Ses premiers stages, il les suit comme régisseur son lumière dans une salle de concerts et réalise des clips pour des groupes de rock. Actuellement en 4e année de la FSMS, il gagne déjà sa vie en se partageant entre des tâches alimentaires de technicien plateau, l’été, pour le festival Jazz in Marciac, et des travaux personnels de direction artistique pour les projets discographiques des étudiants du Conservatoire. Il envisage l’avenir avec confiance : « On développe une ouverture qui nous permet d’aborder les différents contextes de la prise de son, avec des réflexes constants. » Il souhaite s’accomplir dans le métier, encore méconnu en France, d’ingénieur système, en charge de la diffusion de concerts live.
Issu d’un double cursus - école d’ingénieurs et CRR de Lille -, Alexandre Tanguy envisage après la FSMS une école de commerce, afin de pouvoir gérer l’ensemble d’une production : « En variétés, on s’oriente de plus en plus vers un réalisateur-directeur artistique, faisant le lien entre l’artiste et la maison de disques, tandis qu’en musique de film, le compositeur reçoit un budget, qu’il organise comme il veut. » Président du bureau des étudiants, il côtoie dans sa promotion des compositeurs pour le dessin animé, un compositeur-orchestrateur de film, et des ingénieurs du son associés aux travaux de l’Ircam, sur les nouvelles technologies, les nouveaux procédés de spatialisation, ainsi que sur l’informatique musicale. 

Les écoles de cinéma

Responsable technique de la section son à l’Ecole nationale Louis-Lumière de Noisy-le-Grand, Philippe Simonet rappelle la vocation généraliste de la formation. « On n’a pas de boule de cristal, mais on essaye de réagir au plus vite, pour que les étudiants soient opérationnels très rapidement. » Ainsi, l’aspect postproduction, peu abordé il y a vingt ans, l’est complètement puisque 75 à 80 % des ingénieurs du son gèrent le son à toutes les étapes de production du cinéma et de la télévision. Autres secteurs d’activités : le spectacle vivant, la sonorisation, la radio, l’enregistrement studio. « En règle générale, précise Philippe Simonet, les étudiants trouvent un emploi stable au bout d’un an et, pour certains, avant même la fin du cursus grâce au mémoire de fin d’études réalisé dans l’entreprise de leur choix. »
Responsable du département son à la Femis (Ecole nationale des métiers de l’image et du son), Jean-Pierre Laforce souhaite redonner au son, parent obscur de l’image, ses lettres de noblesse. Trois métiers complémentaires sont enseignés : la prise de son cinéma, le montage son et le mixage son. Mixeur, Jean-Pierre Laforce revendique la spécificité de sa discipline : « C’est un travail d’interprétation, distinct du montage son, une étape vivante de mise au point des sensations. » La motivation importe davantage que les bases techniques et l’on cherche à développer essentiellement la réflexion : « La technique entre pour seulement 10 % dans un métier que l’on n’a jamais terminé d’apprendre. »

Diversification

Intégrée dans l’université de Bretagne occidentale, la filière image et son de Brest (ISB) fête elle aussi son vingtième anniversaire. La culture du son musique constitue la spécificité d’une formation ne dissociant jamais les matières artistiques et techniques. Selon Mathieu Paquier, directeur de la formation, près de la moitié des diplômés choisissent de travailler dans le son musique, et l’autre dans l’audiovisuel, mais de préférence comme ingénieur du son. « Ils n’accèdent, là comme ailleurs, à un poste de responsabilité qu’au bout de 5 à 10 ans, aussi bien dans les nombreuses entreprises régionales que dans les sociétés nationales. »
Daniel Deshays, responsable de l’enseignement du son à l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre à Lyon, appelle à la diversification des secteurs d’application : « On ne peut plus se cantonner au champ purement musical. Il faut donner aux étudiants des savoirs dans des domaines extrêmement diversifiés, qui leur permettront de s’adapter. » Selon lui, le son du spectacle vivant peut ouvrir sur de nouveaux domaines comme la mise en scène et le théâtre, lieux de recherche où il faut penser en permanence le son et l’espace. Autres champs d’application possibles : les lieux d’exposition, les musées et les espaces urbains. « Le travail du son doit être pensé en tant qu’espace artistique, exige Daniel Deshays, et doit faire l’objet d’un enseignement d’art, et non uniquement technologique. »

Les conservatoires régionaux

Ancien de la FSMS, Denis Vautrin enseigne le son au CRR de Chalon-sur-Saône, dans le cadre d’une classe préparatoire aux grandes écoles des métiers du son. Destiné à des bacheliers, ce double cursus scientifique et musical vise à former, en deux ans, des apprentis musiciens ingénieurs du son, voués à poursuivre leurs études au Conservatoire de Paris, à la Femis ou à Louis-Lumière. « Cette double formation est une chance incroyable pour des gens de 18 ans en quête d’un parcours préprofessionnel. » Denis Vautrin préfère préserver chez ces étudiants le potentiel de créativité, qui leur permettra de s’adapter aux métiers de l’avenir. Les étudiants des premières promotions, sortis de la FSMS ou de Louis-Lumière, ont tous trouvé depuis un emploi dans les secteurs de leur choix : création musicale, spectacle vivant, arrangement, etc.
Ouverte en 1985, la classe de prise de son du CRR de Boulogne-Billancourt envisage la prise de son comme une discipline artistique à part entière. « C’est un cours de musique, le preneur de son est un interprète des temps modernes », affirme avec chaleur Christian Briguet, son initiateur. Malgré sa concision, cette formation sur un an, ne décernant qu’un certificat, a mené presque tous ses étudiants aux portes de la profession. Certes, ils n’ont plus accès à des postes d’assistant à Radio France - une des rares structures de la profession non misogynes - comme il y a quelques années, mais poursuivent le plus souvent leur formation dans les grandes écoles nationales, Conservatoire de Paris et Louis-Lumière en tête. Avec des débouchés de plus en plus diversifiés : « Ils connaissent aussi bien le secteur de la variété que celui saturé de la prise de son classique. » Au palmarès de la classe figurent également des concepteurs de sonneries téléphoniques, de musique pour les jeux vidéo, des acousticiens et des régisseurs son-théâtre.

Les écoles privées

Créé en 1995 au sein du groupe ESRA, l’Institut supérieur des techniques du son (ISTS) délivre, au terme de trois ans d’études après le bac, un diplôme visé par l’Etat, le diplôme d’études supérieures des techniques du son (DESTS). Comme la plupart des écoles privées, il tente de répondre à la demande d’étudiants aux parcours atypiques et souvent bourrés d’illusions. « Nous avons voulu former des gens adaptables à l’évolution des métiers », déclare Christian Lotito, directeur des études. Les deux options proposées en 3e année, son musical et son audiovisuel, leur permettent de s’orienter vers des postes d’assistant en studio d’enregistrement ou de travailler en postproduction vidéo, en sound design, dans le mixage son ou l’événementiel.

Christian Hugonnet, ingénieur acousticien, déplore l’abandon de toute référence acoustique depuis que la perception de la musique passe exclusivement par l’enregistrement. L’ingénieur du son doit affronter deux périls liés : le trop-plein sonore et la compression du son, phénomènes irréversibles qui peuvent provoquer une "cécité" partielle de l’oreille. Ces problèmes environnementaux sont à l’origine de la Semaine du son, fondée par Christian Hugonnet, dont la 8e édition s’est déroulée en janvier dernier. A cette occasion ont été évoqués l’ensemble des métiers à développer autour des questions d’environnement et d’espaces urbains, des domaines en apparence éloignés de la musique. « Cependant, les musiciens pourraient s’y intéresser, puisque tout est musique selon Murray Schafer. Et cela peut constituer une extension de la musique contemporaine par la compréhension de notre monde.»
Marcel Weiss

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous