400 numéros, une rétrospective

Philippe Thanh 21/03/2011
Ce numéro 400 de La Lettre du Musicien est l’occasion de revenir sur les principaux événements qui ont marqué la vie musicale au cours des dernières années. Nous en profitons pour remonter brièvement aux origines de la Lettre, en 1984. Un retour en arrière parfois savoureux, parfois attristant.

27 ans au service des musiciens

En novembre 1984, lorsque paraît le n° 1 de La Lettre du Musicien (huit pages), nul ne peut imaginer - et sa fondatrice Michèle Worms moins que personne - que, bien des années plus tard, ces modestes feuillets seront devenus le magazine de référence de tous les professionnels de la musique classique et contemporaine.
En près de vingt-sept ans, quatre cents numéros publiés, soit aujourd’hui une moyenne de mille pages par an, ont fait de cette heureuse initiative des débuts une entreprise de presse qui a su - grâce à ses abonnés et à ses annonceurs - rester indépendante des pouvoirs publics ou de tout groupe privé. Tout cela pour donner aux musiciens une information complète, précise et vérifiée qui couvre tous les aspects de leur vie professionnelle.
Ce numéro 400 est donc l’occasion de dire merci pour leur confiance à tous nos lecteurs, et particulièrement aux abonnés de la première heure (nous comptons encore plusieurs dizaines d’abonnements souscrits dans la première année de parution de La Lettre du Musicien), merci aussi à nos annonceurs de leur fidélité. Merci aux mécènes pour leur soutien déterminant au Grand Prix Lycéen des Compositeurs qui, depuis douze années, a permis à des dizaines de milliers de lycéens de se familiariser avec la musique contemporaine. Merci enfin à toute l’équipe de La Lettre du Musicien qui ne ménage ni son temps ni sa peine pour livrer, quinze fois par an, l’information pertinente qu’attendent nos lecteurs.
Ce numéro 400 est aussi l’occasion de rafraîchir - sans la bouleverser - la présentation de La Lettre du Musicien, toujours avec le souci de faire primer le fond sur la forme, l’information sur la communication, bref d’être le plus utile possible à nos lecteurs.
A l’occasion de ce numéro 400 enfin, nous sommes heureux d’offrir à nos abonnés notre dernière publication, Le Mécène et le Musicien, un guide qui trouve toute son utilité à l’heure où le soutien des pouvoirs publics à la musique se fait de plus en plus incertain.
Bonne lecture !
Philippe Thanh

1984-1991

Dans le numéro 100, mars 1991, nous sommes gais et optimistes. Jack Lang est pour la deuxième fois ministre de la Culture (de mars 1988 à mars 1993). Il a fait voter une loi sur les droits voisins des interprètes.
Nous nous réjouissons de beaucoup de choses : tout d’abord de la grande médiatisation des événements musicaux : il y avait eu le bicentenaire de la Révolution française, avec la Marseillaise chantée sur les Champs-Elysées par Jessye Norman (encore qu’on eût pu choisir une chanteuse française...), l’ouverture de l’Opéra Bastille avec Les Troyens de Berlioz, l’inauguration du nouveau Conservatoire de Paris à la Villette, l’année Mozart... Un succès médiatique qui s’étend aussi à des aspects moins positifs, comme la querelle entre Pierre Bergé et Daniel Barenboïm qui prive l’Opéra Bastille naissant de la présence du maestro. Nous nous réjouissons aussi de la vitalité de la musique en régions. Et de l’explosion du tout jeune CD qui fait bondir le marché du disque.
Une ombre au tableau : au hasard d’une rencontre avec Michel Schneider, directeur de la Musique au ministère de la Culture (1998-1991), nous apprenons qu’il est question de rattacher les enseignants des conservatoires de musique à la fonction publique territoriale. La Lettre du Musicien sera la première à alerter le milieu musical qui organisera par la suite sa défense.
En 1985, la durée de protection du droit d’auteur passe de 50 à 70 ans et la loi sur les "droits voisins" est adoptée. En 1987, la loi sur le développement du mécénat fixe le cadre permettant à celui-ci de se développer.

1991-1997

Au numéro 200, novembre 1997, la tonalité de la rétrospective change. Au cours de cette période, la Culture connaît deux nouveaux ministres : Jacques Toubon (1993-1995), grand mélomane, mais qui reste très peu de temps à cette fonction qu’il semblait ne pas désirer, puis Philippe Douste-Blazy (1995-1997) qui laisse peu de traces de son passage. Il y a cependant des événements positifs à garder en mémoire. En 1991, Marcel Landowski fonde Musique nouvelle en liberté pour élargir l’audience de la musique contemporaine. La même année, succès inouï pour le film d’Alain Corneau Tous les matins du monde, qui élargit au grand public l’audience de la musique baroque. A Paris, la Cité de la musique est inaugurée en janvier 1995. Nantes voit la naissance d’un festival atypique, La Folle Journée. Avec la nomination d’Hugues Gall, qui a obtenu l’autonomie de gestion indispensable, l’Opéra de Paris aborde une nouvelle ère. Lever de rideau à Bastille à la rentrée 1995, tandis que le palais Garnier, restauré, rouvre l’année suivante. En régions, l’Opéra de Lyon et l’Opéra du Rhin sont les premiers à obtenir le label "national". Un rapport, paru en 1996, montre que les communes assurent à elles seules 40 % du financement public de la culture.
L’industrie du disque est déjà en baisse et l’on commence à prévoir les bouleversements induits par les nouvelles technologies. Au Midem 1995, le ministre de la Culture laisse entendre que la TVA sur le disque pourrait baisser dès l’année suivante...

1997-2004

Le numéro 300, été 2004, salue un grand événement : l’entrée de dix nouveaux pays dans l’Union européenne (Hongrie, Slovénie, Pologne, Slovaquie, République tchèque, pays baltes, Malte, Chypre).
Entre 1997 et 2004, trois locataires se succèdent rue de Valois : Catherine Trautmann (1997-2000) qui laissera le souvenir d’avoir laissé filer la salle Pleyel chez des investisseurs privés, Catherine Tasca (2000-2002), surtout préoccupée d’audiovisuel, et Jean-Jacques Aillagon (2002-2004) qui est victime de la grande crise des intermittents avant d’avoir pu mener à bien ses projets. Il a eu le temps, cependant, de faire passer une loi importante favorisant le mécénat.
En 1998, la direction de la Musique se fond au sein de la DMDTS, ce que regrettent de nombreux responsables musicaux. En novembre, l’abattement professionnel favorable aux musiciens est supprimé.
Les musiciens se regroupent, conscients de la nécessité de se faire mieux entendre des pouvoirs publics : naissance de la Fevis en 1999, de l’Association française des orchestres en 2000.
En 2004, Hugues Gall quitte l’Opéra de Paris, laissant un outil en ordre de marche : quelque 360 représentations et 850 000 billets vendus par saison. Surtout, l’institution parisienne a retrouvé sa place parmi les grandes scènes lyriques internationales. Gérard Mortier lui succède et, sur ces bases assainies, fait de l’Opéra de Paris un "festival permanent".

2004-2011

Numéro 400. Les sept années écoulées ont vu le ministère de la Culture accueillir Renaud Donnedieu de Vabres (2004-2007), avant tout chargé de régler la crise des intermittents. Il annonce en mars 2006 la construction du grand auditorium symphonique qui manque à Paris. Christine Albanel, qui lui succède (2007-2009), applique la réforme générale des politiques publiques à son ministère (la DMDTS, regroupée avec les arts plastiques, donnera naissance à la direction générale de la Création artistique) et lance les entretiens de Valois réunissant les professionnels de la culture, animant les débats pendant de longs mois. Nommé en juin 2009, Frédéric Mitterrand suscite des espoirs (« J’ai la volonté d’infléchir la politique du gouvernement dans le sens de la culture »), vite déçus.
En 2006 se déroulent les premières validations des acquis de l’expérience (VAE) qui soulèvent la polémique. Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, lance, en octobre 2008, des partenariats avec les JMF, le Hall de la chanson, la Cité de la musique, l’Ircam, Radio France et Radio classique (depuis, nous n’avons pas de nouvelles).
Début 2009, le président de la République adresse ses vœux au monde de la culture, confirmant la construction de la Philharmonie de Paris et annonçant la naissance d’un Conseil de la création artistique confié à Marin Karmitz, d’où naîtront les orchestres Demos. Le ministère de la Culture a 50 ans. Cela lui vaut une tribune de l’ancien ministre Jean-Jacques Aillagon qui se demande s’il ne vaudrait pas mieux supprimer le ministère... En 2009 toujours, l’Etat rachète la salle Pleyel, mettant ainsi fin à une saga qui aura vu ce lieu historique passer au privé, être restauré puis loué à l’Etat et enfin racheté... pour devenir une salle de variétés après l’ouverture de la Philharmonie.
La Chine s’est éveillée : ces années voient le marché des instruments de musique inondé par des productions chinoises à bas prix, mais dans le même temps les conservatoires de Chine explosent et s’ouvrent aux productions et aux enseignants occidentaux.
Né pratiquement en même temps que La Lettre du Musicien, le Salon Musicora, fondé par Jessie Westenholz, connaît sa dernière édition en 2009. Une bonne nouvelle, il doit renaître de ses cendres avec une nouvelle équipe au printemps 2012.

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