A propos de Jacques Chailley

11/04/2011
Nous avons reçu la pétition suivante dont nous publions de larges extraits.
L’UFR de musique et musicologie de l’université Paris-Sorbonne a proposé qu’un amphithéâtre soit baptisé du nom de Jacques Chailley, éminent musicologue disparu en 1999, qui a œuvré toute sa vie pour la musique et la musicologie, notamment en créant en 1970 le département de musique et musicologie, aujourd’hui l’UFR. Jacques Chailley, pendant la dernière guerre, était secrétaire général du Conservatoire de Paris. A ce titre, il a épaulé deux directeurs successifs, Henry Rabaud jusqu’en 1941 et Claude Delvincourt de 1941 jusqu’à la Libération.
En 2001, un article de M. Jean Gribenski*, musicologue non spécialiste de la période considérée, a remis en cause la direction du Conservatoire et plus particulièrement Claude Delvincourt et Jacques Chailley au cours d’un colloque organisé en 1999 par le CNRS sur la musique sous le régime de Vichy et dont les actes ont été publiés peu après. Une lecture attentive de cet article laisse apparaître en plusieurs endroits des imprécisions et contradictions qui mettent en cause la fiabilité de ses conclusions. On citera la plus flagrante : l’auteur affirme qu’Henri Rabaud, avec l’aide de Jacques Chailley, aurait de lui-même devancé la politique allemande de discrimination raciale, se montrant ainsi complice de l’antisémitisme nazi, alors qu’il cite lui-même plus loin une lettre dans laquelle Rabaud indique que les autorités d’occupation lui ont reproché d’être « personnellement responsable de [s]’être montré l’ami et le protecteur des juifs, et par conséquent l’ennemi de la politique allemande ». Mais aucune relation n’est mise entre ces éléments.
L’article en question jette également la suspicion sur le rôle de Claude Delvincourt qui succède à Henri Rabaud en 1941 en conservant Jacques Chailley à ses côtés. Il suggère en effet que leur action dans un épisode resté célèbre auprès de la communauté des musiciens - celui de "l’Orchestre des cadets" -, visant à soustraire les étudiants du Conservatoire au STO et à cacher des résistants, aurait été un « mythe ». Or, ces propos ont soulevé la réprobation d’un grand nombre de témoins directs de l’époque [...]. Ils furent plus d’une quinzaine à confirmer le rôle positif, voire héroïque, de Claude Delvincourt, plusieurs associant Chailley à l’œuvre commune. [...] Jacques Chailley n’a eu à subir aucune poursuite à la Libération au moment où les collaborateurs ont eu à rendre des comptes. Lorsque plus tard, il a été proposé pour la Légion d’honneur jusqu’au grade d’officier, l’enquête réglementaire a été menée qui n’a fait apparaître aucun fait passé devant empêcher la remise de cette décoration. Il a reçu en outre la Croix de guerre 1939-1945 et la Médaille militaire. Enfin, aucune pièce nouvelle "à charge" n’a été produite au cours des dernières années. [...]
Les présents signataires entendent marquer solennellement leur désapprobation la plus totale envers de tels propos et ces discrédits portés avec désinvolture à l’encontre d’une personnalité marquante de l’histoire de la musicologie française. En la matière, seul prévaut le débat scientifique, dépassionné et responsable.
Seize enseignants titulaires de l’UFR de Musique et musicologie
de l’Université Paris-Sorbonne Paris IV
Michèle Alten, Michèle Barbe, Jean-Pierre Bartoli, Marc Battier, Frédéric Billiet, Jérôme Cler, Danielle Cohen-Levinas, Laurent Cugny, Olivier Julien, Katarina Livljanic, Nicolas Meeùs, François Picard, Hyacinthe Ravet, Jeanne Roudet, Denis Rouger, Catherine Rudent.

 

Nous avions publié en son temps des extraits du témoignage d’Odette Gartenlaub, professeur de formation musicale, paru dans le Journal du Conservatoire. Agée de 14 ans en 1942, elle avait reçu la lettre circulaire de Claude Delvincourt (qu’elle a gardée) lui annonçant son renvoi en vertu de la loi d’exclusion des élèves juifs, sans un mot ou un geste directs de sa part. Elle se souvient aussi que Jacques Chailley l’avait poursuivie dans le hall en lui disant : « Partez, partez ! » En revanche, Odette Gartenlaub parle encore aujourd’hui avec reconnaissance de son professeur Noël Gallon, qui continua à la recevoir pour des leçons privées alors qu’elle portait l’étoile jaune, sans se soucier du danger qu’il encourait.

* Lire ici la réponse de Jean Gribenski

Pour lire la suite ( %) choisissez votre offre :

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Cet article premium

Acheter cet article
Pack (crédité 12 €)

10 €

Acheter un pack
Mots clés :
Partager:

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous