La ville de Paris et la musique

13/05/2011

Christophe Girard : « Nous attendons qu’on nous propose de véritables projets. »

Adjoint au maire de Paris en charge de la culture, Christophe Girard fait le point avec nous sur les actions de la ville de Paris en faveur de la musique. Tour d’horizon, de la Philharmonie de Paris au Centquatre et à la Gaîté lyrique, en passant par les conservatoires d’arrondissement, les orchestres et la musique contemporaine.

Nous avions rencontré Christophe Girard en novembre 2008 (voir LM 366). Un peu moins de trois ans plus tard, nous le retrouvons pour voir comment ont évolué les principaux dossiers musicaux de la ville de Paris.

Il y a trois ans, vous déclariez : « La politique de la ville de Paris en faveur de la musique vise à soutenir la diversité de l’offre musicale et à promouvoir l’excellence pour tous. » Qu’en est-il aujourd’hui ?
Un phénomène nouveau est apparu depuis : les institutions, qui travaillaient auparavant de manière solitaire, se sont mises à collaborer de façon rapprochée. Je citerai par exemple le cas du Centquatre, qui accueille les formations musicales de Radio France et l’Ensemble orchestral de Paris.

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 Plus globalement, je constate que le climat a changé : nous sommes dans une époque particulièrement difficile, les budgets sont resserrés. Plus que jamais, les tutelles attendent des structures qu’elles proposent de véritables projets. Il n’est plus question de financer seulement des habitudes ou des reconductions.

Pourquoi le chantier de la Philharmonie de Paris a-t-il pris autant de retard, son inauguration étant désormais prévue en 2014 ?
Construire une nouvelle salle de concert représente beaucoup d’argent. On parle de ce vieux rêve de Pierre Boulez depuis l’élection de François Mitterrand, c’est-à-dire depuis trente ans ! On peut bien patienter encore quelques mois... Une chose est sûre : l’arrivée de cette salle va changer le paysage musical. J’entends bien sûr les critiques qui disent que cette salle est trop excentrée, mais pour qui ? Regardez ce qui se passe à Berlin ou à Londres : le public parcourt sans problème de longues distances pour aller au concert, car il recherche avant tout l’excellence. Par ailleurs, il faut savoir que le futur tramway passera devant la Philharmonie. Le but est aussi de créer un lien avec le public francilien, dans le cadre de Paris Métropole. C’est pour cela que la région Ile-de-France apporte également son soutien.

Au théâtre du Châtelet, Jean-Luc Choplin, contesté à son arrivée, fait aujourd’hui la quasi-unanimité...
Il faut rappeler que l’arrivée de Jean-Luc Choplin fut une véritable prise de risque. Il a d’ailleurs été très critiqué au début parce qu’il programmait des comédies musicales. Mais à mon sens, il fallait impérativement sortir de la concurrence avec l’Opéra de Paris, et donc ne pas donner les mêmes ouvrages pour le même public. Très rapidement, Jean-Luc Choplin a réussi à attirer de nouveaux publics dans ce théâtre. Par contre, il y aura sans doute des travaux considérables à entreprendre dans les prochaines années au Châtelet, ainsi qu’au théâtre de la Ville, car pendant trop longtemps, ces théâtres n’ont réalisé que de petits travaux et n’avaient fait l’objet d’aucun chantier structurant de fond.

L’Ensemble orchestral de Paris a connu en 2009-2010 un taux de fréquentation payante de 61 %. Cela vous paraît-il suffisant ?
C’est mieux qu’avant ! Jean-Marc Bador, le directeur général de l’Ensemble, a fait la révolution. Il a notamment développé de manière ambitieuse les actions pédagogiques de cet orchestre. Ce ne sont pas des données qui rentrent dans la fréquentation payante, mais on touche ainsi les spectateurs de demain. L’Ensemble orchestral de Paris va par ailleurs changer de nom et devenir l’Orchestre de chambre de Paris. Quant au rapprochement avec l’Orchestre de Paris, en ce qui concerne l’administration, la porte n’est pas close. N’oublions pas que nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle crise économique, et qu’il faut donc être prudent et imaginer de saines économies.

La ville de Paris soutient les orchestres associatifs. Qu’attendez-vous de ces formations ?
Mon attention s’est tout particulièrement portée sur l’orchestre Lamoureux. Je suis récemment allé à Pau rencontrer le nouveau chef de cet orchestre, Faycal Karoui. Son travail accompli avec l’Orchestre de Pau est absolument remarquable. Il n’hésite pas à donner des concerts dans les quartiers sensibles ou à la prison, il crée des passerelles entre le classique et les DJ, les rappeurs. Résultat : aux trois concerts auxquels j’ai assisté, j’ai vu un nombre étonnant de jeunes qui y venaient pour la première fois.
Par contre, ce qui m’inquiète, c’est que le ministère de la Culture envisage sérieusement de diminuer sa subvention de l’orchestre Lamoureux alors que les cachets des musiciens sont déjà assez bas. J’ai joint Muriel Genthon, directrice régionale des affaires culturelles, à ce sujet, car ce n’est pas au moment où cet orchestre se lance dans une nouvelle étape avec ce chef talentueux et audacieux qu’il faut lui couper les ailes. Je sais que Muriel Genthon réfléchit et n’a pas fermé la porte.

Les élus UMP ont récemment dénoncé la hausse des tarifs d’inscription dans les conservatoires municipaux. Que leur répondez-vous ?
Nous construisons actuellement trois conservatoires supplémentaires (dans les 12e, 13e et 17e arrondissements), ce qui va créer au moins 1 000 places supplémentaires. Il faut bien sûr financer de tels projets. Nous avons choisi de baisser les tarifs pour les tranches de revenus les plus bas, car il y a trop peu d’enfants issus de familles modestes dans les conservatoires. En contrepartie, pour les familles dont les revenus sont supérieurs à 7 500 euros, nous avons augmenté le tarif de 15 euros par mois ; c’est à peine plus que le prix d’une place de cinéma et moins qu’une place de concert ou d’opéra. La réaction des élus UMP, c’est de la politique politicienne.

Quelle sera la place de la musique dans le réaménagement du quartier des Halles ?
Les Halles sont un carrefour des banlieues, avec 900 000 personnes qui y transitent chaque jour. Nous avons décidé d’y construire un centre des cultures urbaines. Avec Anne Hidalgo, première adjointe de Bertrand Delanoë, nous étions récemment à New York où nous avons vu le travail mené par le Centre du hip-hop à Harlem, véritable référence dans ce domaine. Par ailleurs, les Halles vont accueillir le Conservatoire du Centre dans des locaux bien plus beaux que ceux d’aujourd’hui.

Claude Samuel dénonce toujours la baisse des moyens attribués aux Concours de la ville de Paris. Qu’en est-il ?
Claude Samuel est un homme intelligent et cultivé, mais le monde a changé. Quand les concours ont pour nom Lily-Laskine, Etienne-Vatelot, Jean-Pierre-Rampal, Rostropovitch... et ont donc un rayonnement international, on doit pouvoir lever de l’argent privé pour contribuer à leur financement. Claude Samuel jouit d’une vraie crédibilité pour le faire. L’argent public ne doit pas servir à payer les bureaux et les salaires d’une association. La balle est dans son camp.

A sa création, le Centquatre a eu du mal à trouver sa place dans le paysage culturel et notamment musical. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Les premiers directeurs, Frédéric Fisbach et Robert Cantarella, étaient des hommes de théâtre. Ils n’avaient peut-être pas le profil idéal pour conduire un tel établissement ouvert à différentes disciplines. José Manuel Gonçalves, le nouveau directeur, a su construire dans ses précédentes fonctions de vrais rapports avec le public, notamment aux Ulis, puis à la Ferme du Buisson ou à la Villette. Lors des débuts de son mandat au Centquatre, il a d’ailleurs, pendant quelques jours, ouvert l’établissement uniquement aux habitants du quartier, qui sont venus en nombre. A la place des malabars qui assuraient la sécurité, il a créé des postes de médiateurs. La fréquentation a très rapidement grimpé. C’est devenu un lieu de vie, où l’on va voir les installations de Pierrick Sorin, prendre un verre au café ou acheter un livre à la librairie. Et les projets se multiplient avec les autres structures culturelles : même la Comédie-Française envisage d’aller au Centquatre !

On peut alors être étonné de voir arriver à la tête du Festival d’automne, lieu pluridisciplinaire par excellence, un homme de théâtre : Emmanuel Demarcy-Mota...
Emmanuel Demarcy-Mota, qui vient d’être nommé à l’unanimité des membres du conseil d’administration du Festival d’automne, a l’intelligence de son époque. Il aime la musique, les arts plastiques, le cinéma, et fait partie de ces directeurs ouverts aux autres disciplines. Le théâtre de la Ville, qu’il dirige, est par ailleurs l’un des lieux de représentation du Festival d’automne. Il n’aurait pas été opportun de parachuter quelqu’un venant d’ailleurs. Je tiens à bien préciser qu’Emmanuel Demarcy-Mota conservera son mandat à la tête du théâtre de la Ville.

Les responsables d’ensembles de musique contemporaine s’interrogent sur la place de ce répertoire à la Gaîté-Lyrique. Que leur dites-vous ?
Ils ont raison de se plaindre. Nous avons confié une délégation de service public à Patrick Zelnick et Steven Hearn qui ont choisi Jérôme Delormas comme directeur. Nous les laissons libres, avec néanmoins un cahier des charges clair. Ils sont au début de l’aventure, ils doivent investir un nouveau lieu, avec évidemment en arrière-pensée ce qui s’est passé au Centquatre. Mais, à mon sens, la musique contemporaine a tout à fait sa place dans un tel lieu. C’est la musique classique de demain ! On pourrait notamment imaginer des liens avec l’Ircam et, pourquoi pas, nos orchestres.

Quel sont vos contacts avec le ministère de la Culture et, plus globalement, quel regard portez-vous sur l’action culturelle du gouvernement ?
Les contacts personnels sont de bonne qualité, l’estime est mutuelle. Mais je constate qu’aujourd’hui le ministère de la Culture n’a pas de marge de manœuvre. C’est l’Elysée et Bercy qui décident. Prenez l’exemple de l’affaire Olivier Py. Le ministre ne renouvelle pas son mandat au théâtre de l’Odéon, Olivier Py crée un mouvement de soutien, l’Etat oblige ensuite Frédéric Mitterrand à le nommer au Festival d’Avignon. Or il y a une élection en 2012 et, par principe, on évite de décider de l’avenir qui ne nous appartient pas.

Quels conseils donneriez-vous à une structure qui souhaiterait être aidée par la ville de Paris ?
Etre très bon, avoir du talent, de l’audace, une vraie vision et, surtout, savoir prendre des risques.
Propos recueillis par Antoine Pecqueur et Philippe Thanh

 

Le soutien de la ville de Paris à la musique

L’ensemble des subventions versées en 2010 aux associations et entreprises culturelles par le bureau de la musique de la direction des affaires culturelles de Paris se monte à 33 millions d’euros (32 millions d’euros en 2008), dont 900 000 euros aux musiques actuelles et 800 000 euros au festival Paris quartier d’été (subventionné sur la ligne "musique" bien que pluridisciplinaire). La ville de Paris consacre donc plus de 31 millions d’euros à la musique classique et contemporaine, hors investissements.

Principales subventions en 2010
Théâtre musical de Paris-Châtelet : 17 868 540 euros,
dont 418 000 euros en équipement (15 543 700 euros en 2000)
Orchestre de Paris : 5 660 795 euros (4 691 000 euros en 2000)
Ensemble orchestral de Paris : 4 462 050 euros (3 457 000 euros en 2000)
Philharmonie de Paris (association de préfiguration) : 1 100 000 euros
Salle Pleyel : 700 000 euros
Musique nouvelle en liberté : 400 000 euros
Concours internationaux de la ville de Paris : 200 000 euros (369 018 euros en 2000)
Chœur de chambre Accentus : 167 450 euros
Orchestre Lamoureux : 160 000 euros
Ensemble intercontemporain : 147 750 euros
Orchestre Pasdeloup : 132 975 euros
Orchestre Colonne : 113 275 euros
Péniche Opéra : 70 000 euros

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