Le diplôme, ce mal français

Michèle Worms 30/05/2011
Un nouveau diplôme d’Etat a été créé en mars 2011, le diplôme de “professeur de cirque”. La lettre d’information juridique Nodula, spécialisée dans l’actualité du droit artistique, s’élève contre ce nouveau diplôme, estimant qu’« il participe au mouvement d’étatisation de la culture qui sévit en France, ainsi qu’à une uniformisation des pratiques artistiques » (n°208, mars 2011).

En effet, à partir du moment où un diplôme d’Etat est délivré, même s’il n’est pas obligatoire, les élèves et les parents, soucieux de l’avenir le plus sûr, préfèrent opter pour un cursus habilité. Pour survivre, les autres enseignements seront alors obligés de s’aligner sur le programme officiel, au détriment de la diversité.
Nodula ajoute que la mise en œuvre de ces diplômes s’accompagne toujours d’une prise de pouvoir par ceux qui participent aux commissions officielles... et conclut : « Les seuls qui y gagnent sont les agents du ministère de la Culture qui étendent toujours plus leur pouvoir vis-à-vis des artistes. »
Certes, la profession du cirque doit avoir, surtout pour les exercices dangereux, des professeurs avertis et sûrs, ayant de bonnes notions d’anatomie. Le diplôme d’Etat paraît être une certaine garantie sur ce point. Mais, jusqu’à présent, il semble qu’aucun scandale n’ait surgi à propos de jongleurs mal formés dont les oranges se perdent dans la nature. Les écoles existantes ne semblent pas poser de problèmes. Or le nouveau diplôme apportera sans doute des perturbations. Car quel en sera le contenu ?
Y aura-t-il des épreuves écrites décourageantes, comme pour le brevet d’Etat de volley-ball où l’on demande au malheureux sportif de disserter trois heures durant ?
Y aura-t-il des oraux déstabilisants, particulièrement dangereux pour les apprentis équilibristes ou trapézistes ?
Y aura-t-il des questions pièges sur le salaire des secrétaires de mairie ou sur la gestion des déchets d’une ville, comme dans les épreuves du CNFPT pour les candidats à la titularisation dans un conservatoire ?
Y aura-t-il dans les jurys, comme pour nos candidats musiciens, de nombreux représentants de toutes sortes d’institutions publiques totalement ignorants des choses du cirque... et, perdus dans cette foule, un ou deux professionnels de la piste, un dompteur de fauves ou un M. Loyal ?
Nodula rapporte que, lors d’un débat sur la licence d’entrepreneur de spectacle, un sénateur s’était écrié : « A force de trop réglementer, de trop normaliser, on aseptise, on stérilise, alors que nous avons les uns et les autres besoin d’un petit espace de liberté. »
Hélas, en France, pour enseigner à ses élèves à faire des passes au volley, à interpréter Mozart ou à débouler en Auguste sous le chapiteau, il faut son diplôme, clef de l’embauche et de la réussite. Quel cirque !
Michèle Worms

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