Storytelling pour l’été

Jacques Bonnaure 15/06/2011
Selon le concept américain du “storytelling”, une même histoire à fort pouvoir de conviction peut se lire de deux façons. Essayons pour la musique.

Bon, ça ne va plus. Nous atteignons la fin d’une civilisation, et c’est particulièrement grave pour la musique. Les classes dirigeantes et aisées font de plus en plus le choix d’investissements moins exigeants et tout le monde suit le même chemin. Du coup, les pouvoirs publics se désintéressent de la pédagogie. Les moyens dévolus à l’éducation musicale s’érodent.
L’enregistrement discographique s’effondre. Les "majors" du disque recyclent en permanence des enregistrements anciens, la seule innovation étant le lancement publicitaire de jeunes vedettes vite remplacées après épuisement.
Le nombre de productions d’opéras se raréfie. On a fait le tour d’un répertoire limité, la variable résidant dans la mise en scène trop souvent fondée sur une méconnaissance totale du caractère de l’œuvre.
La musique contemporaine, jadis un objet de débat, sombre dans une indifférence polie. Plus de chahut salutaire, plus de scandale, mais un consensus ennuyé et sans conséquence, dans un domaine qui intéresse d’ailleurs peu de monde.
Tout va bien. Les historiens du futur pourront noter qu’au début du 21e siècle, on a assisté, en Europe occidentale, et particulièrement en France, à un retour vers la musique classique. Un goût vivant, certes minoritaire, mais moins qu’autrefois.
La démocratisation n’a pas suivi le chemin qu’avaient imaginé Jean Vilar ou André Malraux après la guerre, mais elle est réelle. En témoigne une initiative comme la Folle Journée de Nantes, qui obtient le même succès lorsqu’elle est adoptée par d’autres pays.
Les théâtres lyriques connaissent une vraie demande. Un public assez large réclame du spectacle vivant et de haute qualité.
Les sections musique des lycées font le plein et le Grand Prix Lycéen des Compositeurs montre assez qu’un jeune public est capable de s’intéresser à une musique qui ne ressemble en rien à ce que le commerce lui sert à grandes louches.
Qu’une représentation télévisée comme celle de Mireille de Gounod, à l’automne 2010, ait réuni en un soir plus de téléspectateurs que cet ouvrage n’en avait eu à Paris en cent cinquante ans d’existence est un fait brut non négligeable.
Enfin, grâce à des orchestres d’une qualité comme il n’y en eut jamais dans l’histoire de nos pays, et à des ensembles de toute sorte, on peut dire que la musique classique irrigue notre bel aujourd’hui comme jamais auparavant.
S’il pleut, lisez dans l’ordre les parties I et II. S’il fait beau - c’est ce que nous espérons pour vos vacances - effectuez le parcours inverse !
Jacques Bonnaure

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