L’avenir incertain des associations départementales

Antoine Pecqueur 15/06/2011
En pleine réforme des collectivités territoriales, le rôle des associations départementales pour la musique et la danse est plus que jamais remis en question. Baisse de subventions, fusions avec d’autres structures sont à l’ordre du jour... Etat des mutations en cours.
La réforme des collectivités territoriales risque d’avoir un impact non négligeable sur le monde de la culture. Les professionnels du secteur sont, bien sûr, satisfaits du maintien de la clause de compétence générale, qui permet à chaque collectivité d’investir dans la culture (le gouvernement avait un temps envisagé de la supprimer et de limiter les aides à une seule collectivité). Mais les collectivités doivent désormais faire face à d’importants problèmes de financement.
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La situation tient du paradoxe : elles ont moins de ressources (notamment à cause de la suppression de la taxe professionnelle), mais doivent couvrir davantage de champs d’action, notamment dans le domaine social. Résultat : chaque soutien est examiné de près. Le fonctionnement des associations départementales liées à la musique (addm, Adiam, office culturel...) est donc passé au peigne fin par les conseils généraux.

Quelle mission ?

Beaucoup de musiciens ignorent encore à quoi servent exactement ces associations départementales. Leur mission serait-elle floue ? Exemple concret avec l’Adiam (Association départementale pour l’information et l’animation musicales) de la Creuse : « L’Adiam a pour tâche, en relation étroite avec le conseil général de la Creuse et la direction régionale des affaires culturelles du Limousin, la mise en œuvre de programmes de réflexion et d’action concertés, selon une perspective d’aménagement du territoire et de développement des services auprès des publics. Elle agit en relation étroite avec les acteurs de terrain qu’elle a pour mission de coordonner et auxquels elle n’a pas vocation à se substituer de manière permanente. L’objectif de l’association est de mener une action de développement dans les champs musical et chorégraphique », affirme Catherine Harem, administratrice de l’Adiam de la Creuse. On aura compris que, derrière cette formulation pour le moins technocratique, ces structures n’ont pas une, mais plusieurs missions, dont le point commun est l’ancrage au sein d’un territoire. Changeant régulièrement de nom depuis quelques années, ces structures sont appelées, pour certaines, à ne plus se limiter à la musique et à la danse et à s’ouvrir aux arts vivants dans leur globalité. Cette diversité des champs de compétence n’aide assurément pas à clarifier le rôle de telles institutions, qui interviennent tant d’un point de vue théorique (en créant des bases de données) que pratique (en multipliant les actions sur le terrain à la rencontre des publics les plus variés).

La pédagogie à l’honneur

Les questions pédagogiques sont au cœur du dispositif des associations, comme nous le rappelle Claire Renckly, chargée de mission à l’Adiam du Bas-Rhin : « Nous sommes présents en matière d’enseignement artistique spécialisé, avec la coordination d’un réseau de 90 écoles de musique et de danse représentant 780 enseignants, 18 000 élèves enfants et adultes. Mais nous nous sommes aussi investis dans le domaine de la formation professionnelle continue, en organisant de nombreuses formations ouvertes aux professeurs de musique et de danse, aux artistes ainsi qu’aux enseignants de l’Education nationale, contribuant à la sensibilisation artistique et culturelle en milieu scolaire. » C’est ainsi que, grâce à ces associations, des professeurs d’école de musique peuvent s’initier à la musique baroque, à l’improvisation ou à la direction d’orchestre. A l’heure où les professeurs sont appelés à diversifier leurs activités en enseignant souvent deux matières ou plus, l’intérêt de ces stages n’est plus à démontrer. Depuis quelques années, les associations ne se limitent par ailleurs plus, en matière musicale, à la seule musique classique. « Nous traitons à la fois les musiques savantes, les musiques actuelles et les musiques traditionnelles », témoigne Catherine Harem pour la Creuse.

Les amateurs au cœur du dispositif

La tendance est de plus en plus présente depuis quelques années : les associations départementales prennent part au mouvement des pratiques amateurs. « L’Adiam 67 soutient de nombreuses initiatives en faveur des pratiques collectives en école de musique et de danse, mais aussi en dehors, dans les domaines de la musique d’harmonie et de la voix, grâce, entre autres, à de solides partenariats avec la Fédération des sociétés de musique d’Alsace et la Mission Voix Alsace », affirme Claire Renckly, avant de préciser : « Nous sommes aussi sollicités pour accompagner plus étroitement la déclinaison de certains projets sur le territoire départemental, notamment auprès du public des pratiques amateurs, mais aussi du grand public : travail de formation et de sensibilisation autour de festivals ou de spectacles, accompagnement des acteurs pour le développement de territoires ruraux... Les actions que nous menons ou soutenons visent à faire se croiser tous ces publics. » En ligne de mire : la démocratisation des pratiques culturelles. Les associations s’ouvrent donc de plus en plus à des publics non initiés, que ce soit en milieu rural ou urbain.

Quel financement ?

En 2011, le budget médian des associations de type Addm (chiffre basé sur un échantillon de 25 structures) est de 540 000 euros. On constate une baisse sensible des moyens, puisque, en 2008, le budget médian était de 580 000 euros. A noter que ces structures sont aidées à 71 % par les conseils généraux et à 13 % par les Drac. Derrière ces données globales, il ne faut pas oublier que le budget annuel de ces structures varie considérablement d’un département à l’autre. Des disparités parfois étranges, liées à la sensibilité des politiques à la culture, et notamment à la musique. Dans certains départements, on constate une baisse considérable des subventions publiques. « Dans notre département, la subvention de fonctionnement attribuée par le Conseil général a diminué en 2011, avec une perte de presque 60 % de son budget, cette diminution équivalant en partie au non-maintien de la manifestation "La Semaine de la musique" », explique Mathilde Torre, directrice de l’OCD 28, l’Office culturel départemental d’Eure-et-Loir. Cette structure a été créée par suite de la fusion de deux associations : l’Adiam et l’Adac (agence de développement et d’action culturels). « Compte tenu du transfert au département de la mission première de l’Adiam (Musique à l’école), soit près de 70 % de son activité, et afin d’éviter toute confusion vis-à-vis des partenaires, notamment les écoles de musique, c’est cette solution de fusion qui a été retenue », poursuit Mathilde Torre. Les départements cherchent à faire aujourd’hui le maximum d’économies, notamment dans le domaine culturel. Mutualiser des moyens, créer des synergies : tels sont les maîtres mots des conseils généraux. Autre exemple dans le Bas-Rhin : « Nous avons réduit nos frais de fonctionnement en déménageant nos bureaux et en les partageant avec une autre association, la Fédération des sociétés de musique d’Alsace », nous dit Claire Renckly. Les institutions sont également invitées à rechercher d’autres ressources, notamment du côté du mécénat privé.

Tous les responsables des associations départementales s’interrogent sur l’avenir de leur structure. « Bien sûr que nous sommes inquiets », nous confie Catherine Harem. De son côté, Mathilde Torre observe que « le budget de l’OCD28 a diminué en 2011 et que ses missions vont très certainement évoluer dans les mois à venir. Il est probable que les missions événementielles diminuent, voire disparaissent, et que nous nous consacrions plus fortement à l’accompagnement de projets culturels des collectivités ou d’associations ». La mission des associations départementales doit assurément gagner en lisibilité, ce qui suppose sans doute un effort en termes de communication (« Mais avec quels moyens ? » rétorqueront certains). A moins d’être menacées de fusion ou de disparition sans avoir réussi à mobiliser le monde musical.

Seule bonne nouvelle, comme nous l’apprend La Lettre d’échanges n° 69 de la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture : « Le rapport sur le renouvellement du partenariat entre l’Etat et les collectivités territoriales rédigé par Jérôme Bouët préconise de redynamiser cet outil de décentralisation. » Des jours meilleurs en perspective pour les associations départementales ?

Lire ici l’entretien avec Hervé Biseuil directeur de l’office départemental d’action culturel en Seine-et-Marne

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