Un musicien français au Qatar

Antoine Pecqueur 15/06/2011
Le violoncelliste Christophe Leroux, ancien élève de Marcel Bardon au CRR de Paris, est membre de l’Orchestre philharmonique du Qatar. Il évoque son travail dans cet orchestre créé en 2007.
Comment les musiciens de l’Orchestre du Qatar ont-ils été recrutés ?
Le concours s’est déroulé sur dix jours, dans plusieurs villes d’Europe : Vienne, Londres, Munich, Zurich, Berlin... et également au Caire. Les auditions de plus de 3 000 candidats ont été enregistrées puis visionnées par un jury composé de musiciens de grands orchestres allemands, notamment du Philharmonique et de l’Opéra de Munich. C’est ce jury qui a sélectionné tous les musiciens de l’Orchestre.
Quelles sont les spécificités de cet orchestre ?
Première particularité : les musiciens ont tous été recrutés en même temps. Nous sommes une centaine, d’Europe de l’Ouest et de l’Est, des Etats-Unis, d’Asie et bien sûr du monde arabe. Mais surtout, ce qui fait la spécificité de cet orchestre, c’est son lieu d’activité. Au Qatar, il n’y a pas de tradition ou de public déjà établis, tout est à faire. Le fonctionnement de l’Orchestre s’est mis en place petit à petit, que ce soit la billetterie, la communication ou le site web (www.qatarphilhamonic.org). Il faut savoir que l’Orchestre est entièrement financé par la Qatar Foundation, sous le haut patronage de Sheikha Mozah Bint Nasser Al Missned (NDLR : l’épouse de l’émir du Qatar). Ce qui pose par contre problème, c’est le climat, qui fait souffrir les instruments, et le manque d’artisans qualifiés dans la région pour les entretenir.

Quelle est la programmation ?
La mission de l’Orchestre est de créer un pont entre les cultures. Nous devons apporter la musique « classique » au Qatar à travers le grand répertoire symphonique et opératique, mais aussi jouer la musique du monde arabe pour la faire découvrir, notamment en Occident. Nous donnons ainsi un concert par semaine au Qatar, généralement le samedi soir, et partons régulièrement en tournée ; nous avons récemment été à Washington, Paris, Milan, Damas et Londres. Au Qatar, notre public est en constante évolution, purement « expatrié » au début, mais avec de plus en plus de Qataris qui viennent au concert ou assistent aux répétitions.

Quelles sont les conditions de travail des musiciens ?
Nous sommes employés par la Qatar Foundation, sous contrat à durée indéterminée, et le salaire des musiciens varie suivant leur position et leur expérience. Dans ma position de violoncelle tutti, je gagne environ 17 000 Ryials Qataris (environ 3 200 euros), avec un logement de fonction fourni par la Qatar Foundation, ainsi qu’une allocation annuelle pour un billet d’avion aller-retour vers la France.

Les musiciens sont-ils intégrés dans la vie du Qatar ? Le mouvement des révolutions arabes vous inquiète-t-il ?
Après quelques mois d’adaptation aux us et coutumes (le Qatar est un pays islamique, où certaines choses comme l’alcool sont très strictement réglementées), et à la conduite automobile (sportive !), il est assez facile de se sentir à l’aise et de trouver son rythme. La communauté française compte environ 8 000 personnes, sans compter tous les francophones d’Afrique du Nord, du Liban... Nous ne nous sentons pas menacés par les mouvements révolutionnaires du monde arabe ; le Qatar est vraiment une nation paisible et équilibrée.

Comptez-vous rentrer en France ou pensez-vous rester au Qatar ?
Pour le moment, ma vie au Qatar me convient, ma femme joue également dans l’orchestre, et nous n’imaginons pas retourner en Europe pour l’instant. C’est une belle aventure, et il reste encore beaucoup à faire. De plus, en Europe, le marché du travail pour un musicien ne se porte pas très bien : il y a peu de concours, et la tendance est plutôt à la réduction de la taille des ensembles. Or ici, l’orchestre est jeune et dynamique, en constante évolution : le plus beau est à venir !

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