Un clarinettiste en Scandinavie

Antoine Pecqueur 01/04/2010
Matthieu Lescure occupe depuis un an le poste de clarinette basse solo à l’Orchestre philharmonique d’Oslo. Il est l’un des rares instrumentistes français à travailler en Scandinavie.

Pourquoi avez-vous souhaité rejoindre l’Orchestre philharmonique d’Oslo ?
Je n’étais pas vraiment satisfait du poste que j’occupais auparavant à l’Orchestre national de la BBC du pays de Galles. Le nombre d’heures de travail mensuel était très élevé, l’orchestre déchiffrait très bien mais ne menait pas un vrai travail de fond et, surtout, j’avais du mal à intégrer la société britannique. J’ai donc essayé d’entrer dans un autre orchestre, et quand on est spécialisé dans la clarinette basse, il n’y a pas beaucoup de concours ! Nous étions trois clarinettistes à réussir l’audition à Oslo. Pendant un an, l’Orchestre nous a invités "à l’essai" pour différents concerts et c’est finalement moi qui ai été sélectionné.

Quelle est la particularité de cet orchestre ?
Pendant vingt-deux ans, l’Orchestre philharmonique d’Oslo a été dirigé par Mariss Jansons. Il a acquis sa réputation avec ce chef, enregistrant des CD, se produisant en tournées. Ce fut une période très fructueuse, mais mes collègues me rappellent que Jansons était très dur, autoritaire. Depuis son départ, cet orchestre recherche toujours ce type de rapport avec les chefs. Ainsi, lorsqu’André Previn (qui a succédé à Jansons en 2002) écourtait les répétitions, l’Orchestre était mécontent. Les musiciens travaillaient d’ailleurs le reste de la répétition sans le chef, une situation inimaginable en France ! L’Orchestre est aujourd’hui placé sous la baguette de Jukka-Pekka Saraste, qui, lui, a une vraie poigne de fer. Il y a beaucoup de pression et d’exigence en répétition.

Quelles sont vos conditions de travail ?
L’emploi du temps est très attrayant. Nous travaillons chaque jour de 10 h à 14 h et donc 20 h maximum par semaine. Nous avons les mêmes vacances que les enfants, notamment deux mois en été. Par ailleurs, de nombreux services sont offerts aux musiciens. Dans le bâtiment de l’Orchestre, nous avons une salle de sport avec des appareils de musculation. Et un kinésithérapeute est même payé par l’Orchestre pour venir une fois par semaine. Nous avons des conditions de travail idéales ! Ma rémunération est de 440 000 couronnes par an (environ 55 000 euros), ce qui est légèrement supérieur à celle des orchestres parisiens. Mais le coût de la vie est très élevé dans ce pays.

Quel regard portez-vous sur la vie musicale norvégienne ?
Grâce au pétrole, la Norvège est un pays privilégié. Il y a donc beaucoup de moyens pour la culture et notamment pour la musique classique. A Oslo, qui compte environ 600 000 habitants, il y a, en plus de notre orchestre, un orchestre de radio, l’orchestre de l’Opéra et un orchestre de chambre ! Le gouvernement nous donne même des bourses pour mener à bien des projets personnels. Par ailleurs, je me sens bien intégré ici. Il y a un certain nombre de musiciens étrangers : américains, allemands, suédois... Mais je suis le seul Français. En Scandinavie, je sais seulement qu’il y a un ancien musicien de l’Orchestre de Cannes qui a intégré l’Orchestre d’Odense au Danemark [NDLR : il s’agit du violoniste Pierre Guis]. Les Français ont encore des réticences à aller dans de tels pays, sans doute à cause du froid ou de la langue.

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