Série d’été / Les Choralies : le monde du chant en fête

Fanny Guyomard 06/08/2019

Tous les trois ans, le festival dédié aux chœurs s’installe à Vaison-la-Romaine pour dix jours de concerts et de rencontres. Plongée au cœur de ce bouillonnement créatif, avec des chorales de plus en plus jeunes et internationales. Mais toujours aussi allègres et enthousiastes.

Les cigales ne sont plus seules à chanter à Vaison-la-Romaine, en cette chaude journée d’août. Dans une des ruelles provençales, un groupe de jeunes entonne un «Joyeux anniversaire». Mais avec soprano, alto, ténor et basse, s’il vous plaît. Des passant se joignent à leur air. On se salue, on se connaît, on se retrouve. « Tout le monde est heureux », résume un homme en chapeau estival.

Comme tous les trois ans, plus de 4000 chanteurs se retrouvent au festival des Choralies pour dix jours d’ateliers et de concert vocaux. Ceux que l’on surnomme «les envahisseurs» ont hissé leur drapeau sur le château médiéval qui domine la ville. C’est le drapeau de l’association  Cœur joie, qui organise le festival et rassemble professionnels et amateurs de toutes nationalités, de tous âges et de tous répertoires.

Et comme chaque matin, cette joyeuse communauté se rend à l’école où se tiennent une quarantaine d’ateliers. Un piano à queue a pris place dans la cantine. Des paroles en hébreux, en mandarin et en zoulou se mêlent, par une fenêtre ouverte, à un air baroque enseigné plus loin. Partout on parle anglais, car les chefs, souvent primés, viennent pour la plupart de l’étranger. Comme quelque mille autres festivaliers.

«Chuuut», entend-on dans la cour. Simplement les paroles d’une musique brésilienne. Un groupe enchaîne les exercices de yoga, quand un autre apprend des musiques sud-africaines sous la houlette d’un chef local. Une grand-mère, qui n’était pas venue aux Choralies depuis 1965, s’y est inscrite avec ses deux filles et trois petites filles. On cherche un peu les hommes, qui ne constituent qu’un tiers des troupes.

«Messieurs, plus de séduction, plus d’amour !», s’exclame Pascal Adoumbou, pieds nus devant sa chorale ABBA. Celle dirigée par Lionel Sow sort un peu éreintée du cours. «C’est un chef gentiment rigoureux», sourit un choriste. «J’enseigne de la même manière pour les amateurs que pour les professionnels, parce que c’est la même musique», explique le chef qui dirige le prestigieux chœur de l’orchestre de Paris, et qui avait participé à un des ateliers des Choralies, vingt ans plus tôt.

Certains chefs passent même du côté des élèves, comme ce groupe composé d’un Chilien, d’un Espagnol ou encore d’un Turque faisant le tour des ateliers. «On se nourrit de répertoires et de façons de travailler différentes», explique Cécile Cieutat, professeure de musique en collège et cheffe de chœur dans les Hautes-Pyrénées. Bref, tout le monde se mélange.

Apprentis le matin, les choristes passent côté scène l’après-midi. Dans le théâtre nymphée, au milieu des ruines antiques, les parisiens «Citarel» font chanter le public la «Salsa du démon». Une petite fille se réjouit d’entendre du Maître Gims. Puis le quatuor de jeunes mexicains «Shemesh» présente a cappella des chants sud-américains, suivi de la chorale londonienne «Camden Voices», qui patientait sur le terrain de pétanques. Sa musique gospel et pop glamour s’agrémente d’une note de politique : «Nous sommes heureux de chanter pour nos amis européens !»

Ailleurs dans la ville se tiennent d’autres concerts, avec des répertoires toujours aussi variés, notamment pour plaire aux plus jeunes. «Depuis quelques années, on propose des ateliers aux enfants à partir de 8 ans et des tarifs réduits aux moins de 25 ans», indique Jean-Claude Wilkens, le directeur artistique des Choralies. De nombreux chœurs de jeunes ont aussi été invités, et la plus jeune participante a 4 ans et demie.

18 heures. Chant sur la place du village où l’on sirote à l’ombre des platanes. Puis on joue des coudes à la cantine installée sous de longs chapiteaux et tenue par une partie des 530 bénévoles à la bonne humeur contagieuse. L’excitation monte à mesure qu’approche le concert du soir, en un lieu et un moment mythiques : le chant commun dans le théâtre antique. Dans ce demi-cercle haut de 29 mètres, le public de 3700 personnes devient une seule chorale, sous la direction du chanteur Denis Thuillier et du pianiste Matthieu Le Nestour qui assurent le show.

Puis le spectacle continue avec, ce samedi soir, le chœur mondial des jeunes. Les 58 choristes de 29 nationalités, vêtus de leurs habits traditionnels, font chanter le public avec eux. C’est leur dernier concert ensemble. «J’ai versé ma petite larme», confie une spectatrice. A minuit, beaucoup rentrent au camping, tandis que les chœurs qui chanteront le soir suivant commencent leur répétition générale… Les festivaliers les plus échauffés filent, eux, place Montfort, pour un concert pop informel. Les voix de demain promettent d’être éraillées.

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